‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 55 sur 208 · MOTION · texte numérisé non relu

MOTION

FAITE DANS LA CHAMBRE DBS COMIflTIIES

DU FAmLEMEIlT DE LA GR AN DE-BRBT AGI! B,

£n faveur de la Fayette et de ses compagnons dTinfortune.

Voici enfin ces débats dont nous avons déjà donné nn extrait. Nous osons assurer qu'on ne trouve d'exemple, dans aucune de nos assemblées nationales, d'une discussion aussi vive et en même temps aussi décente, d'un débat où la logique des deux parts ait été aussi pressante , les mouvements aussi variés et aussi véhéments , et où il y ait eu plus d'urbanité dans les formes. Le parti de la cour et celui de l'opposition y déploient le talent convenable à leur r6le. On y voit M. Pitt s*imposant une réserve prudente, mais, par la dignité de son langage, ék-

DES PERSONNAGES AVEC LESQUELS UAUTEUR A EU DES RELATIONS. iU bis.

vaDt cette réserve aa^easns des soop^ns de fausseté et de perfidie. Go y voit d*un autre côté M. Fox se laissant aller à toute l'impétuosité de son caractère , mais en homme sûr de la justesse de son esprit : on ne sait œ qu'on doit admirer davantage en lui, son abandon ou sa retenue.

Après une lecture réfléchie de ce débat, il nous est resté dans l'esprit qu'à tort on accusait le cabinet de Saint-James de la détention de la Fayette. Il nous semble clair, d'après les déclarations de M. Pitt, que cette réponse de l'empereur à madame de la Fayette : J'ai les mains liées, ne peut se rapporter qu'à des demandes qui lui auront été laites par le prétendant. Ce n'est, en effet, qu'au prétendant qu'il pouvait convenir d'avoir la Fayette et ses compagnons d'infortune en réserve pour exercer sur eux un grand acte de justice royale; c'est aussi ce prétendant seul qui , par ses rapports de parenté avec l'empereur, avait une espèce de titre pour exiger de lui une grande victime au nom de leur commune famille ; c'est enfin ' au prétendant seul que l'empereur a pu croire qu'il devait une telle condescendance. Je ne conçois pas trop ce qui a pu tsmpécher, sinon les ministres du roi d'Angleterre, au moins quelque orateur de leur parti , de faire au moins entrevoir cette vérité.

On s'accorde généralement, à Londres et à Hamliourg,à dire queM. LallyTollendalest le traducteur du débat que nous annonçons. S'il est permis de prononcer sur ce point d'après l'élégance, la douceur et l'harmonie du style, ce qu'on dit n'est pas douteux.

(Jmmmlét Pmi», du 19 meMMor «n v. — 7 joiltot 1797.)

Le général de brigade Malo est traduit en jugement pour avoir injurié gravement un membre du directoire. Une destitution peut être une injustice; mais, quoiqu'on en dise, dans une république, et surtout dans le militaire, ce n'est point une flétrissure qui autorise ou excuse des outrages envers l'autorité qui destitue.Dans la république l'honneur doit être dans la vertu qui respecte les lois, et non dans cet amour des honneurs et des distinctions de rang et de grades qui fait qu'on tient à sa place et point à la patrie. Boulay a été fort mal entendu sur ce sujet. Mais qu'y foire? Montesquieu a eu le même malbeur ; témoin les querelles que lui ont foites Voltaire et tous les amis du baron d'Holbac.

{Jomrmmi 4t Pmrù, dv 8 fradMor an ▼. — 25 «oAl 1797.) TAIXBTBAND.

L'arrêté qu*on va lire est important sous les rapports de la politique et de la religion. Il a

pour objet un bref de sécularisation dcmné par lautorité ecclésiastique et sanctionné par l'autorité civile.

Cette mesure n'est pas nouvelle dans l'histoire; il n'y a pas d'État en Europe qui n'en offre des exemples. Ils ont tous eu pour motifs des circonstances particulières, qui excitaient la cour de Romeàsedépartirdesmaximes d'invariabilité qui sont dans l'essence des institutions qu'elle préside. Mais dans l'exemple actuel il y a cela de particulier que les motifs de la condescendance du chef de l'Église se trouvent nioins dans les conséquences de la faveur qu'il accx)rde que dans les événements qui l'ont précédée.

Un citoyen distingué par des services éminents rendus à son pays, éloigné par les cir-* constances, par la nature même des services qu'il a rendus à l'État et à FÉglise, de la car-* rière à laquelle il a été voué dans son enfance, s'est cru , ^ar le fait, hors de cette carrière, dans une époque où personne en Europe ne savait plus distinguer le point qui détermine la limite de tous les droits.

La religion a été rétablie en France, et son empire s'est consolidé en Europe. Les anciens rapports qui existaient entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique ont été renoues^ et de ce moment il a été reconnu que tout citoyen qui n'était pas un homme privé, qui tenait à l'État par des services rendus et par des services à rendre, qui était enfin particulièrement attaché au gouvernement par une place importante, ne pouvait convenablement s'affranchir seul de la dépendance individuelle qui le soumettait, comme ecclésiastique, aux divers degrés de la hiérarchie romaine.

Telle est la considération qui a motivé lé recours au chef de l'Église.

Arrêté du 2 fructidor an X.

«r Les consuls de la république, vu le bref du pape Pie Vil, donné à Saint-Pierre de Rome le 29 juin 1802;

a Sur le rapport du conseiller d'État chargé de toutes les affaires concernant les cultes, le conseil d'État entendu , arrêtent :

a Le bref du pape Pie V(I , donné à Saint- Pierre de Rome, le 29 juin 1802, par lequel le citoyen Charles-Maurice Talleyrand, ministre des relations extérieures, est rendu à la vie sé-

U\ ter. BIOGRAPfflES, PORTRAITS, NOTICES, ESQUISSES, ETC., CONCERNANT

culière et laïque, aura son plein et entier effet.»

{Jovnal de Pmns, dn 4 fraclitlor an x. — 33 «OÂI 1803.) VHI TURGOT.

Il y a, dbait Turgot, dans la nature ht^ maine^ deux passions qui sont bien bêtes : la piDB , gui jette toujours dans le danger; la VANITE, qui jette Un^ofurs dans le ridicule. Les autres passions font assez bien leurs affaires. — Je tiens ce mot de M. Dupont de Nemours.

DUPONT DE ffEMfHJKS. — LA DecraSTCHTCAULD. — COinMHUXT.

Aujourd'hui (7 germinal, an tu —27 mars i796), Dupont de Nemours, qui part avec toute sa famille pour TAmérique septentrionale, qui part à peu près ruiné, et par le besoin de réparer ses affaires, mais avec la noble ambition de fonder une colonie et ensuite une république, me disait : Mon ami Je n'ai plus que cette ressource :je vais régner pour vivre /

GOMSPIRATIOlf D'ORLÉANS.

En travaillant, ces jours derniers, à remettre en ordre des papiers que la Commune du i 0 août m'arendus bien brouillés, bien souillés, bien dépouillés des plus intéressants , j'ai retrouvé plusieurs lettres qui m'ont été écrites par la Rochefoucauld {ie duc) et Condorcet. Je vais en publier deux qui me paraissent propres à jeter du jour sur le caractère, les principes et la conduite de ces deux hommes si dignes de regrets, et sur leurs rapports mutuels dans les derniers temps de leur existence.

Voici la lettre de Condorcet; elle est de la fin d'avril 1791, peu de jours après [le projet de voyage du roi à SaintrCloud, époque où les patriotes 'sentirent la nécessité de se réunir contre la cour.

a Je suis tout prêt à me rendre demain aux Jacobins, pourvu que M. R. veuille bien m'en procurer les moyens. En qualité d'ancien confrère, je n ai pas besoin de présentation, mais seulement d'un nouveau billet. Je le prie de se charger de cet arrangement. Je crois que M. de la Fayette ira aussitôt que son affaire sera finie {il avait donné sa démission de la place de commandant général, et les sections le pressaient de la reprendre). 11 ne faut pas

qu'(m dise qu'il s'est refait jacobin pour rester général. J*espère M. de la Rochefoucauld; il est vrai que Ton a chez lui beaucoup d'aversion pour les jacobins, et cela ne doit pas étonner ; on n'est pas à portée de suivre les mouvements^ les séparations, les réunions, les élévations et les chutes du parti populaire.

« On a prétendu que ... devait être présenté par le duc de Chartres ; cela avait refroidi mon zèle, car les prétentions royales de cette plate famille ne peuvent que nuire à la bonne cause. Mais j'ai appris que c'était un quiproquo, et que le futur monarque n'en était encore qu'à la dignité de piqueur du chapitre { il était CENSEUR, c'est-à-dire huissier chargé d'in» scrire ou de nommer les causeurs), et que nous en serons quittes pour être inscrits sur son registre, ce qu'on peut tolérer pour le bien public. »

On voit dans cette lettre ce que Condorcet, à qui l'aristocratie en 1789 et la démagogie en 1793 ont reproché d'être de la faction d^ Orléans, pensait et du père et An fils, et de toute la famille.

On y voit ce que Condorcet, à qui Ton a reproché son jacobinisme outré, pensait des jacobins. C'était à ses yeux une assemblée méprisable, tin chapitre, une confrérie, mais une réunion nécessaire contre la cour, plus méprisable encore et alors bien plus dangereuse.

Voici maintenant la lettre de la Rochefoucauld; elle est du 1*' de l'an 1795, de huit mois postérieure à celle de Condorcet.

Pour bien Fentendre , il faut savoir quelques faits antérieurs.

Le Rochefoucauld, dans le temps de la révision, s'était retiré des jacobins, croyant qu'il était temps d'arrêter le mouvement et de briser les instruments de la Révolution. Condorcet, au contraire, avait cru plus nécessaire alors que jamais d'y rester, considérant la révision comme le rajeunissement de la tyrannie.

Il était dans cette idée lorsqu'on le nonuna à la législature ; ses opinions à la tribune, ses articles dans la Chronique, s'en ressentirent. Convaincu que la tyrannie allait recommencer une vie de plusieurs siècles, qu'une insurrection nouvelle était nécessaire pour la renverser, il parut accorder à plusieurs opinions violentes et tyranniques du parti populaire l'appui de son nom et de son talent ; il

croyait cette complaisance nécessaire pour le retenir à la cause de la liberté; c'était d'ailleurs une de ses opinions^ que les erreurs du peuple et sa tyrannie ne pouvaient être que passagères.

La Rochefoucauld prit de l'humeur; quelques injures qui lui furent dites dans le Patriote l'irritèrent: persuadé qiie Brissot n'écrivait que d'accord avec Condorcet, il rompit avec celuici ; mais le souvenir, peut-être même le sentiment toujours vif d'une amitié de trente années, au sein de laquelle s'étaient communiqués tant de bons principes de morale et de politique, oppressait l'âme de la Rochefoucauld; il avait un besoin continuel d'exhaler ses plaintes contre Condorcet , et il ne laissait échapper aucune occasion de soulager ce besoin. Il s'adressait de préférence aux personnes qu'il savait être alors liées avec celui-ci , et j'étais du nombre. A l'éjpoque où 11 m'écrivit la lettre qu'on va lire, l'assemblée législative venait de faire son décret contre les préti*es insermentés , que depuis seulement on appela tous indistinctement r^/rac^itr««, et qu'on poursuivit indistinctement comme tels. Condorcet paraissait avoir traité ce décret avec indulgence dans la Chronique; et moi, convaincu qu'en ma qualité d'administrateur du département de Paris , je n'avais autre chose à faire qu'à travailler à Texécution des lois, j'avais refusé de me joindre au directoire du département, dont la Rochefoucauld était président, pour demander au roi de refuser sa sanction. La Rochefoucauld avait le cœur gros de ces circonstances, lorsqu'il m'écrivit la lettre qu'on va lire.

Il faut dire encore (et j'en suis fâché , puisque c'est parler de moi) que cette lettre répond à un billet dont j'avais accompagné l'envoi de diverses brochures dont j'étais l'auteur, que j'avais publiées avant et depuis la révolution, et qu'il m'avait demandées. Je lui observais que je n'avais pas attendu le 14juilleti789 pour mériter le titre qu'on donnait en 1792 aux antiréviseurs, parmi lesquels je m'honore d'avoir été, le titre d'enragé; et qu'ainsi je n'étais pas du moins un enragé de commande ou de circonstance. Voici la lettre :

oJe m'empresse de remercier mon cher collègue, car (tout enragé qu'il est) je suis un de ses défenseurs de son présent. Je sais qu'il

a toujours aimé la liberté; et comme, quoi qu'en puisse dire le Patriote français et quelques autres, je l'ai toujours aimée aussi, je suis toujours disposé à pardonner, même ce que je crois leurs erreurs, à ses véritables amis. Mais cet amour, ainsi que l'autre, se modifie d'après les caractères, et je conviens que la ragft n'est pas le mien, et que je la crois non pas utile, mais très-nuisible. Je pense avec Voltaire, qui en valait bien un autre ,

Que les oœurs opprimés ne sont jamais soumis. Que le vrai Dieu... est un Dieu qui pardonne.

a Je pense que la liberté appartient à tous ; que l'inquisition, la violence etl 'injustice n appartiennent à personne^ et sont incompatibles avec la liberté,

a Si je vois des gens que je crois de bonne foi soutenir d'autres principes, je les plains. Si ce sont des hommes éclairés, leur bonne foija pour moi besoin de plus de preuves. S'ils ont soutenu longtemps ces principes, et s'ils les abandonnent en continuant de les croire bons, je les méprise. Voilà ma profession de foi, je la fais depuis vingt-cinq ans, et j'en ai quarante-huit.

a J'ai déjà lu plusieurs des mc^eeaux que vous m'envoyez. Mais je ne connaissais pas celui de 1788, et je le lirai avec intérêt. Concourons tous au bien, mon cher collègue, c'est le souhait du bon an pour les bons citoyens , et rendez toujours justice à mon sincère attachement, a La Roghifougaold.

« I*' janvier 1792. »

On peut juger par cette lettre que si Condorcet avait trop bonne idée du parti populaire, la Rochefoucauld n'en avait pas une assez mauvaise , ou n'était pas assez occupé de l'esprit de la cour et de la position où les manœuvres du château mettaient la liberté publique.

Mais on voit en même temps quelle force de morale, quelle habitude de vertu , quelle inflexibilité de principes éloignait la Rochefoucauld de toute condescendance aux tyrannies populaires, même alors qu'il pouvait paraître nécessaire de les opposer à une tyrannie plus dangereuse. Les maximes qu'énonce sa lettre sont d'étemelle vérité; les accusations d'aristocratie trop souvent répétées contre ceux qui les professent, doivent enfin s'évanouir devant

elles. Tous les hommes honnêtes doivent concouiir aujourd'hui à les remettre en honneur, soit qu'ils aient cm nécessaire ou excusable de les oublier un moment, soit qu'ils y aient été fidèlement attachés. Condorcet, s'il existait encore, les scellerait de son sang.

Condorcet, la Rochefoucauld, votre mémoire est également chère aux amis de la liberté ! Le respect public réunira vos images, malgré le dissentiment qui vous a séparés au terme inattendu de votre carrière ; les mêmes hommages seront rendus à vos ombres réconciliées. Votre marche dans les voies de la révolution n'a pas toujours été la même, mais vos vues ont été pareilles ; tous deux vous avez servi votre patrie, tous deux vous avez péri pour elle. Vous la servirez encore l'un et l'autre. Kn ce moment même elle vous appelle. Apparaissez au milieu de nous; ombre de Condorcet, humiliez de votre rire méprisant ces valets d'habitude qui ont Timptideur de s'avouer royalistes; ombre de la Rochefoucauld, accablez de vos paroles augustes ces persécuteurs qui ont l'hypocrisie de se dire patriotes, et ces prédicateurs de tyrannie qui se vantent de popularité.

{Jcwnal de Farls^ des 2 et 3 prairial an in. •^ 21 et 11 mai 1795).

(Note de VédUeur.) Quinze mois après la publication de cet article, mon père dut reprendre la plume pour traiter la même question , If. Dupont de Nemours, qu'il aimait et estimait, ayant reproduit dans un journal Tancienne accusation de conspiration contre le duc d'Orléans, conspiration qu'il supposait toujours existante et agissante. Voici la réfutation de cette assertion, que publia mon père dans son tournai d'éxmon^ publique^ de morak et de poUtlqw , le A septembre 1796 (20 pluviôse an iv). Je n'en retranche que les phrases déjà insérées dans le précédent article, et dont la répétition serait inutile.

A la page 304 du tome III de celle collection, j*ai placé le récit que fait mon père d'une conversation qu'il eut quatre ans plus tard avec le premier consul, qui l'interpellait sur ce qu'il pensait de l'existence de la /acUon d'Orléam, — Mon père , on le voit, était fort bien préparé pour répondre à cette interpellation, et pour afQrmer, comme il le fit, que, dans sa conviction, s'il y avait eu une conspiration d'OrléanSy le duc n'en était pas,

Une lettre, insérée dans le Jovmal de Paris du 18 thermidor^ assure que la faction d'Or-

léans n'est qu'une ^dion, rien de pins, rien autre chose. Elle ajoute qu^une secte de républicains Finventa contre une autre, pour la faire servir à une accusation de royalisme.

Nous sommes absolument de cet avis; et le déclarer, e*est répondre à ceux qui nous ont attribué la lettre dont nous venons de parler, quoiqu'elle fût signée d'un E, et que notre usage soit de signer, et souvent en toutes let^ très, tous les articles dans lesquels nous attaquons quelque opinion acx^réditée ou qiielque personnage paissant.

Dupont (de Nemours) , que nous avons vu aveugla, pendant Passemblée constituante, sur des intrigants qui le trouvaient, à h vérité, trop chaste pour IMnitier dans leurs desseins secrets, Dupont a trouvé le moyen de voir cette faction d^Orléans que nous ne voyons pas : il a écrit contre la lettre du Jcmmal de Paris dans l'Hisiorien du 25 thermidor; Ù y dépose, dit-il , cette vérité qu'il pourrait prouver, savoir, que la faction d'Orléans est présentement en activité^ et seule en ftetivété contre le gmivemement; et il ajoute, que les jacobins n'ont jamais été autre chose que la faction d'Orléans.

Depuis longtemps nous trouvions important pour la morale, pour la réconciliation générale , ou du moins pour Toubli des anciennes animosités , de dissiper toute erreur sur ce sujet. L'artide de Dupont ne fait qu'ajouter à l'intérêt de cette énire(HÎse : le fantôme que son imagination trompée a indiqué, des passions méchantes ne manqueraient pas de le faire servir à leurs desseins.

Nous pensons que la faction d'Orléans a toujoui'S été faction sans action ; que, toujours peu nombreuse et toujours subalterne, elle a^bêaucoup espéré et rien entrepris; que longtemps les jacobins ont^té très^étrangers aux vues de cette faction, dont, au reste, le duc d'Orléans lui-même n'a jamais été... que l'imagination seule peut se figurer encore la foction d'Orléans; que la haine, la vengeance peuvent seules avoir intérêt à y faire croire; que sa supposition ne peut servir qu'à ceux qui ont besoin d'un cadre odieux, pour y placer un ennemi incommode, et pour y pousser traîtreusement des complices malheureux, sans abandonner le reste du parti. L'un en a bescnn pour y placer Babeuf, l'autre pour y placer Sieyès et Condorcet , tous les ennemis de la liberté.

DES PERSONNAGES A\EC LESQUELS L'AUTEUR A EU DES RELATIONS. Ul

pour y placer indistinctement totit ce qui a été jacobin ; comme s'il n'y avait pas eu les jacobins de Railly , de la Fayette^ de la Rochefoucauld^ avant qu'il existât des jacobins de Robespierre! comme si les jacobins féroces qui ont ravagé la France n'avaient pas immolé^ pour premières victimes ^ ceux-là même qui avaient eu le malheur de regarder une société populaire comme nécessaire à la liberté ! erreur^ ou plutôt imprud<>nce qui a été commune à toute la France^ et que j'avoueavoir partagée.

Non^ Babeuf n'est pas de la faction d'Orléans ; c'est un maratiste. Non^ quoi que disent les ennemis de Condorcet^ et quoi que fassent les gens qu'on dit être amis de Sieyès^ni Condorcet ni Sieyès n'ont jamais été de cette faction. Non^ tous les membres de la première société populaire qui s'est formée en France, n'ont pas été complices ou agents de cette faction; non, cette faction n'a présentement aucune existence.

Veut-on bien juger de ce qu'on dit aujourd'hui d'elle et de ses prétendus membres, et de son identité avec tout ce qui a jamais tenu à la société des jacobins? Qu*on lise la lettre que je vais transcrire : elle est de Condorcet ; je puis eu montrer la minute, qui est toute de sa main. On verra si tous les jacobins de 90 et 91 » si Condorcet en particulier, étaient dès orléamiêtes ; et on pourra conclure des imputatioos (ansaes qui se répètent aujourd'hui contrecel homme dJont les talents^l'âme excellente, les travaux utiles et la fin tragique mériteront rintérét de la postérité, que bien d'autres faussetés se rencontrent encore dans ce qu'on dit de la faction d'Orléans. Voici cette lettre. — (Elie est rapportée dans Pariirle précédant.)

On voit dans cette lettre, comme je Fai déjà observé ailleurs, ce que Condorcet, à qui l'aristocratie en 1789, et la démagogie en 1793, et Tune et l'autre en479;^, ont reproché d'être de la faction à'OrléanSy pensait et du père et du//5, et de toute la famille.

On y voit ce que Condorcet, à qui l'on a reproché son jacc^inisme outré, pensait des jacobins. C'était, à ses yeux, une assemblée méprisable en soi, un chapitre, une confrérie; mais il les regiurdait comme une réunion nécessaire contre la cour, plus méprisable encore, et alors bien plus dangereuse; et il croyait le sort de la liberté attaché à l'existence de cette

société. Son opinion était au^si, comme on voit, celle de la Fayette et du' respectable la Rochefoucauld, et de bien d'autres qui ne doivent point étonner après ceux-là.

C'est ainsi que tous les jacobins ont été des furieux ; que tous ont été des orléanistes; que Condorcet l'a été, que Sieyès l'est encore : ce qui prouve jusqu'à l'évidence qu'il existe présentement une faction d'Orléans, et qu'elle est en pleine activité !

Écrivains qui vous êtes imposé l'honorable tâche de guider les hommes à la vertu et à la raison, et de réduire les scélérats au silence, donnez l'exemple du respect pour la justice et pour la vérité. Instruisez le procès du crime comme font les tribunaux; jugez chaque prévenu séparément et avec circonspection. Confondre des accusés sous un titre odieux , pour tout condamner en masse , c'est proscrire et non pas juger; c'est effrayer la probité sans confondre le crime; c'est révolter tous les cœurs droits sans punir les cœurs pervers.

(Journal déeonomi» publique, de nuh rale et de poUtèque, du ao pluviôse an IV.— 6 sept. 1796.)

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