‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 56 sur 208 · FIÉVÉE · texte numérisé non relu

FIÉVÉE

Paris, le 24 nivôse an ix (14 janvier laoi).

LB SBCmÊTAnB »*ÊTAT AD CITOTEN aOBDBftBIl.

Le premier consul désire, mon cher Rœderer, que le citoyen Fiévée fasse un relevé, article par article, des inculpations qui se trouvent contre hii dans la conspiration anglaise, et qu'il mette en marge explication ou réponse.

J'ai répété, en faveur du détenu (t), ce que vous avez dit si bien au consul Lebrun. On m'a dit que j'étais un Chouan. J'ai, en conséquence, insisté davantage. Cette manière convient à cet homme excellent, qui ne cesse d'être juste que quand la justice commande d'être sévère.

H.-B. Mabbt.

(1) {Note de Véditeur, ) M. Fiévée était alors détenu an Temple. Ce fut sur l'intercession de mon père qu'il fut rendu à la liberté ; et ce fut sur le rapport suivant, demandé par le premier consul , qu'il reçut une minsion. Plus tard, il fut nommé préfet, et en remplis-

i48 BIOGRAPHIES, PORTRAITS, NOTIŒS, ESQUISSES, ETC., CONCERNANT

BAPPOmT VaIT au PmKMIBB CONSUL PAR M. mOEDBREm.

27 ventôse an x (18 mare 1802.)

Le citoyen Fiévée a du coup d'œil et du tact en politique, plutôt que des connaissances positives.

Il observera très-bien l'état et la marche de Tesprit public en Angleterre. Il jugera moins bien du mouvement de l'administration et du gouvernement.

Quant aux intentions qu'il portera dans un voyage en Angleterre, je suis persuadé qu'elles seront franches, pleinement conformes aux vues du premier consul et aux intérêts de la France. Je l'ai vu, en plusieurs occasions, s'indigner de la facilité qu'ont les Français à accorder aux Anglais quelque prééminence.

Je crois qu^ ne négligera aucune occasion de faire valoir ion pays et son gouvernement.

Je crois surtout qu'il tiendra tous les engagements qu'il aura pris , parce qu'il est loyal, et parce qu'il n'est pas au monde un honmie de quelque esprit qui ne mette plus de prix à la confiance du premier consul qu'à tout autre succès.

Fiévée est un homme d'environ trente ans. Il était imprimeur ati conmiencement de la révolution.

Il a du talent pour écrire; il l'a appliqué alternativement aux affaires publiques «t à des productions littéraires. H a travaillé à la Gazette de France.

Il a imprimé plusieurs pamphlets, notamment sur les événements du 18 fructidor et du 30 prairial.

Il a imprimé deux romans assez bons, et fait des comédies assez jolies pour le Vaudeville et la Comédie italienne.

Son dernier ouvrage est intitulé : DuiS brumaire opposé au syxlème de la terreur.*^ C*esi le meilleur de ses ouvrages. Le but en est louable, et plusieurs morceaux très-bien faits.

Il a voulu venger les armées de l'imputa^ tion d'avoir vaincu par terreur.

Il a voulu aussi établir qu'après le bouleversement de toutes les idées politiques^ l'art de

sait les fonctions à Nevere lonque arrivèrent les événements qui renve «crent le trône impérial, en 1814.

gouverner ne pouvait renaître que de celui de conunander dans les armées. Il montre, chap. VIII , comment la guerre d'Italie fut une étude continuelle de gouvernement, étude dont l'expédition d'Egypte ne fut que le complément.

n jette, enfin, une idée utile : c'est que le gouvernement n'a pas moins à se défendre des prétentions de ceux qui l'ont servi, qu'à se présener des ressentiments de ceux qu*a blessés la révolution.

Tout cela parait fort juste. Du reste, l'ouvrage renferme beaucoup de paradoxes, et des choses offensantes pour bien des gens attadiés au gouvernement, et donne une idée assez juste des autres écrits politiques de Tauteur. L'on y voit qu'il a toujours été opposé au gouvernement, quel qu'il fût, depuis 1789, et qu'il ne fait grftce de rien à aucune assemblée, pas même à l'assemblée constituante; aussi, a-t-il toujours été compté par l'opinion publique entre les ennemis de la révolution.

Les lettres de Dupéron, imprimées dans la conspiration anglaise, prouvent que les conspirateurs comptaient sur lui, et qu'il a consenti à travailler pour eux, en l'an vu. Mais je crois qu'il ignorait à quel parti tenait Dupéron, et qu'il entendait seulement s'engager à miner un gouvernement contre lequel beaucoup de bons citoyens ont conspiré. Je dois seulement observer que cela a confirmé le public dans l'idée qu'il avût antérieurement des principes de Fiévée.

Je crois, en résultat, que Fiévée aime le gouvernement actuel et le premier consul. Ses mœurs, son langage annoncent un homme loyal , et je pense qu'on peut compta sur son dévouement; mais sa chaleur à déprimer indistinctement toutes les choses et tous les honunes qui ont eu quelque part à U révolution, lui a fait beaucoup d'ennemis. D'ailleurs, il ne s'est jamais occupé d'administration ; sa vie a été purement littéraire.

C'est un écrivain dont je crois que le gouvernement peut très-utilement employer la plume et le talent pendant quelque temps, et qui , après s'être réconcilié par ses écrits avec les hommes de la révolution, et acquis quelques connaissances d'administration , pourra être employé avec distinction.

ras PERSONNAGES AVEC LESQUELS L'AUTEUR A EU DES RELATIONS. 140

FONTEHBLLB. D'abord^ voici bien l'abolition de la noblesse

à Tarticle 5 » qui est ainsi conçu : // n'y aura ni nobles f ni roturiers.

Voici^ ensuite^ les magistratures électives.

A Tarticle 7. Chaque ville aura ses magin» trais du premier ordre { pour la police et les procès civils); ils seront élus à la pluralité des uoix de tous les pères de famille » non dans uf^ assemblée y mais par des billets qu'on ira prendre dans les maisons.

Les magistrats du second ordre (qui jugeront en dernier ressort les procès criminels^ et ordonneront des édifices publics^ des Tètes ^ des spectacles), seront choisis par les trois mi' nittres, entre les quatre plfis anciens juges de chaque ville.

Les magistrats du dernier ordre y ou ministrès de l'État (voici bien notre directoire), ne seront que trois, et en leurs personnes résidera la souveraineté. Les choses passeront entre eux à la pluralité des voix ; ils pourront dé* poser ceux du second ordre; ils disposeront de la paix et de la guerre. A la délégation de la souveraineté près, notre constitution ne dit pas autre chose.

Pour l'élection d'un des trois, les villes enverront chacune un député ; et tous ces dé^ pûtes choisiront dans le corps des conseillers d'État, \oi\k bien le corps électoral du directoire, c'est-àrdire la législature.

Article 8. Les trois chefs de l'État distribueroni toutes les charges de l'année , sflon tanciennelé des soldats, ou leurs belles actions. Les troupes ne seront payées que par des tréso* riers qu'ils enverront. Voilà encore d'autres attributions du directoire.

Article 10. On érigera des statues aux grands hommes^ en quelque espèce que ce soit (voilà le Panthéon), même aux belles femmes. Onpourtaméme,pourune plus grande ressemblance, conserver leurs figures en cire dans un palais magnifique fait exprès (voilà Charlotte Corday chez Curtius).

Article 11. Les filles n'auront rien en mariage. Ceci n'est pas encore institué; mais cette loi viendra, ou les mœurs républicaines ne viendront pas. Je Tai déjà dit à Cambacérès, qui n'a pas voulu m'entendre.

Suite de l'article 11. Les femmes pourront répudier leurs maris , sans en pouvoir être rép^idiées. Mais elles seront un an après sans se

Je me suis quelquefois demandé où s'arrêteraient les coups, si jamais une puissance suffisante se mettait en tète de punir, comme complices des assas^ns de 1793, tous les hommes qui, par leurs écrits ou leurs actions, auraient eu part à la révolution française; et cette curiosité est, je crois, assez bien motivée par les furieuses menaces de quelques écrivains du jour, et par les petites décisions de quelques imberbes qui se déclarent les vengeurs de l'humanité et de la religion , contre la philosophie , confondant la révolution de 89 et oelle de 1792, avec la contre-révolution de 1793, les révolutionnaires avec les assassina, les réfortnateurs avec les révolutionnaires, les hommes probes, éclairés et sages^ avec les hommes probes, éclairés et passionnés, et avec les hommes sans probité, sans lumières et sans humanité.

J'ai cru reconnaître que ces redoutables jugea accuseraient sans hésitation les législatifs de tout le sang versé par les conventionnels ; les constituants, de toutes les fautes commises et de tous les faux principes avancés par les législatifs; les notables, de toutes les entreprises des constituants; les hommes éclairés qui se trouvaient dans l'ancien clergé, dans la pairie, dans tes parlements, au conseil , des propositions des notables; tes économistes, les encyclopédistes et les phUosopbes , de toutes les idées raisonnables des pairs , des évéques , des magistrats : qu'ainsi des partisans de Robespierre, on irait à ceux de Brissot ; de ceux de Brissot, à ceux de Mirabeau; de ceux de Mirabeau, à ceux de d'Espréménil ; de ceux de d'Espréménil, à ceux de Malesherbes, de la Rochefoucauld, de Turgot; de ceux-ci, à ceux de d'Argenson, de Voltaire et de Rousseau.

Assurément cette marche est grande^ et parir court bien du terrain. Mais pourquoi s'arréterait-on à Rousseau et à Voltaire? Je viens dénoncer un autre coupable. En relisant hier mon Fontenelte, je suis tombé sur un morceau qu'il a intitulé Ma république, et certes, je n'ai rien retrouvé là de la fadeur pastorale qui a été si couvent reprochée à ce pliilosophe bel esprit. Loin de là : j'y ai trouvé la révolution tout entière, commue \ous allez voir.

Ouvi-e? avec moi le tome V de l'édition de Bastien, page 443.

remarier. Voilà le divorce; pas comme le nôtre 9 mais c'est toujours le divorce.

Article i±. Donner souvent des spectacles au peuple, opéras , comédies, et quelques-uns aussi d'une espèce nouvelle (le Zodiaque au Champ-de-Mars), comme de représenter au vrai, et sur des mémoires que des savants don-neraient ( la direction générale de rinstruction publique), un triomphe de Romains, un sacri-fice, etc.; faire remarquer en même temps au peuple le ridicule de tout ce qui serait opposé à ses mœurs et à son gouvernement.

Enfin, voulez-vous un peu de loi agraire? En voici : Article 2. Un homme qui offrira de cultiver les terres d'un autre mieux qu'il ne les cultive, y sera reçu, en payant au proprié* taire le revenu qu'elles lui produisaient, Monnooro a aussi dit cela^ en 1793.

Je conclus donc que le procès doit être fait et parfait à Bernard de Fontenelle comme à un démagogue , digne prototype de Marat et de Chaumette, ainsi que Diderot, Rousseau, et autres scélérats du même genre* R.

{Journal de Paris, du 23 vendémiaire ao v. — 14 octobre I7»e.)

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