‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 60 sur 208 · UB LA MOBT DE JOUBEBT ET LES DANGERS COURUS PAR MOREAU · texte numérisé non relu

UB LA MOBT DE JOUBEBT ET LES DANGERS COURUS PAR MOREAU

Nos généraux ne sont-ils pas trop prodigues de leur vie? La patrie, en pleurant un héros, ne trouvera-t-elle pas quelque chose d'immodéré dans sa bravoure? Un général doit sans doute son exemple à son armée» mais il lui doit aussi son génie. Une armée française a plus besoin d'être dirigée qu'excitée; lui con- . server son chef, c'est la conserver elle-même. Un général n'a le droit de braver la mort que dans les occasions rares où il peut juger son dévouement plus utile que sa prudence, et la patrie ne lui doit compte d'un trait de bravoure, que quand c'est en même temps un trait de génie.

N'est-il pas excusable de rappeler ces principes, et d'élever les doutes qui les amènent, quand on considère et le guerrier que la république vient de perdre» et celui qui a manqué de tomber à côté de lui dans la même action, et tous ceux qui nous restent ?

Ah! si l'on trouvait quelque chose d'accusateur dans cette hésitation à approuver im dévouement toujours digne d'admiration, et quelque chose d'ingrat dans ces réflexions dictées par la crainte de perdre nos dernières res^ sources, je dirais : Ce n'est pas seulement l'excès de la bravoure que je crains dans nos généraux, c'est un excès d'honneur qui, peut-être, les rend trop sensibles à la calomnie qu'ils voient attachée à leurs actions, lorsqu'ils tournent leurs regarJs vers la patrie qu'ils dé^ fendent. Dans ces derniers temps, tous nos fidèles héros, Moreau et Joubert eux-mêmes, ont été indignement accusés de trahison : qui osera assurer que , dans la certitude de la vic-

toire, ces âmes généreuses n'aient pas mieux aimé affronter la mort que la vie , et que cette préférence ne soit entrée dans les calculs des puissances qui soudoient en France la calomnie?

{Jùumal de Paris f ÛM U fructidor an VII. — 2 août 1799).

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