‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 69 sur 208 · DE MIRABEAU A · texte numérisé non relu

DE MIRABEAU A

a Jamais, non jamais je n'eus telle honte: j'atteste l'abbé Sieyès que ce matin, au moment où je suis apparemment sorti de ma léthargie, une rougeur plus que cramoisie m'a couvert le visage, en me rappelant que j'avais dû dtner hier avec et chez un des hommes que j'aime et que j'estime le plus, et (ce qui, pardonnez, mon cher Rœderer, mais , malgré moi, ceci ajoute beaucoup à mes regrets) avec une des plus belles dames du monde. Que vous diraije maintenant, si ce n'est, après le serment de ma honte et de mes regrets, que j'ai été puni d'avance, et que je le serai jusqu'à ce que vous et la belle des belles, c'est-à-dire madame Rœderer, car elle seule ne se reconnaîtrait pas, non-seulement m'aient pardonné, mais admis, après pénitence, à ma revanche?... Ces malheureux Liégeois m'ont enlacé à mon insu, j'ai totalement oubUé le jour, et je soutenais qu'aujourd'hui était samedi. Voilà , mon cher Rœderer, la vérité pure et ma pénible confession^ Grondez-moi, battez-moi , mais aimez-moi. d

W. DE MIRABEAIT A «. ROBDERRR.

a C'est vous, mon cher Rœderer, qui vous

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êtes chargé, au nom du comité des impositions, de donner des idées sur la proposition infAme de ce stupide Lavenue, qui veut tout platement imposer les rentes viagères et constituées sur le trésor public. Il m^importe, mon bon ami , à moi qui ne suis pas étranger aux déclarations honorables que l'assemblée nationale a faites sur la foi publique, et qui, d'un autre côté, veux suivre pour vous les mouvements de mon esprit et de mon coeur, de savoir en substance ce que vous proposerez; car je veux être votre auxiliaire, et surtout, plutôt redresser les erreurs dans lesquelles on tombe à ce sujet, que donner dans l'oratoire. Les bonnes gens croient qu'il s'agit là d'imposition, et non d'une banqueroute; cela rassure leur conscience : il faut éclairer leur esprit pour épurer leur cœur. Je vous envoie, mon cher, le peu de lignes que je jetai à la hâte à la lecture du [^ocès-verbal, et jedemande à votre loyauté et à votre amitié de me donner les principaux jalons de votre théorie.

« Vale, et me ama.

« 25 oblobre. »

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