‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 8 sur 208 · BILLET DE LA REINE JULIE A M. ROBDERER · texte numérisé non relu

BILLET DE LA REINE JULIE A M. ROBDERER

Morfontaine, 4 janvier 1809.

Monsieur, Je reçois votre lettre du 31 ; je vois avec plaisir que vous êtes dans l'intention de venir passer quelques jours dans ma retraite; vous y serez reçu par une personne qui a pour vous le plus sincère attachement.

Jolie.

LETTRE DE M. ROEDERER AU ROI D*E8PAGIfE.

Don du portrait du roi,

18 février 1809.

Sire, La reine a eu la bonté de me remettre votre portrait, et de me lire quelques lignes d'une lettre de Votre Majesté, qui m'ont pénétré de reconnaissance et de vénération, et seront toujours présentes à mon cœur.

Votre Majesté connaît le prix que je mets à un tel gage de son estime et de sa bonté ; mais pour juger de l'impression qu'il m'a faite , il faudrait qu'ejle eût vu à quel point ce portrait, que j'ai sous les yeux, est ressemblant , et avec quel bonheur le peintre y a retracé de souvenir l'expression de son caractère.

La reine. Sire, adaignémeconmiuniquerla lettre où Votre Majesté a la bonté de prévenir le désir que j'avais de la suivre à Madrid. L'empereur, Sire, trouve bon que j'aille vous y offrir mes hommages de respect, d'attachement, de reconnaissance. J'ai demandé au sénat, avec l'agrément de Sa Majesté Impériale, un congé de quatre mois. Je suis maintenant aux ordres de la reine, ou à ceux qu'il vous plaira de me donner. Sire, si votre intention est que je parte avant Sa Majesté (i).

Je prie, etc.

LETTRE DE M. ROBDERER AU ROI d'eSPACNE.

Paris, le 20 mars 1809.

Sire, J'ai l'honneur d'adresser h Votre Majesté , un travail que l'archevêque de Malines (de Pradt ) a fait pour l'empereur, concernant le clergé d'Espagne et l'emploi de ses biens. Il applique les dîmes au trésor de Votre Majesté, et fait précisément les mêmes opérations qui ont eu lieu sur le clergé de France du temps de l'assemblée constituante. Ce travail a été fait en Espagne même , pendant le séjour de l'archevêque avec Sa Majesté Impériale. Il me l'a remis , je le suppose, pour vous être présenté. Je désire fort que le fond du système soit praticable. Il est certain que la dime du produit brut au profit du clergé est incompatible avec une contribution foncière de quelque importance, et incompatible avec les intérêts de l'agriculture; car le plus inégal et le plus décourageant des tributs , est celui qui se proportionne au produit brut, et ne tient aucun compte du plus ou moins d'avances et de

(I) {Note de Véditeur.) Sur la minute de cette lettre se trouvaient ajoutés les mots suivants, qui y ont été rayés :

« L*empereur, Sire , m'a paru souhaiter vivement que V. M. considérât les rapports qui doivent s'établir entre VEspagneet l'empire, de la même manière qu'elle a considéré ceux qui devaient y unir le royaume de Naples. »

LETTRES DU ROI JOSEPH

travail que Tagriculteur est obligé de mettre à la terre pour obtenir ses produits.

J'attends^ Sire, que Votre Majesté ait dit positivement si elle quitte Madrid et va dans TAndalousie, ou si elle reste dans sa capitale, pour aller lui offrir mes respectueux hommages, ou différer mon départ jusqu'au temps de son retour k Madrid (1).

Je suis , avec le plus profond respect, etc.

A M. ROBDERBEy A PAB10.

Madrid, 22 mars 1809.

Monsieur,

Je vous croyais en route, d'après ce que j V vais lu dans les journaux; j'af^rends que vous attendez ma réponse à votre lettre pour quitter Paris avant ma femme. Madame Miot nous fait croire cependant qu'elle vous amènera ici avec elle.

Vous avez votre congé, vous ne devez pas Fuser à Paris; partez donc; la saison est bonne pour arriver à Madrid.

Il y a ici opéra buffa italien, mais pas de ballets. Il leur manque deux ou trois danseurs et danseuses de première force; il y a assez de danseurs médiocres. Si vous en avez le temps, et que ce ne soit pas une affaire diplomatique,

(1) (Note de Véditeur, ) Suit le mémoire annoncé , dont copie est annexée à la minate de la lettre cidessus.

Voici les titres des chapitres de cet ouvrage très-libéral :

lo Nécessité d'une réforme générale et simultanée dans le clergé d'Espagne.

2*^ Nombre des membres du clergé d'Espagne.

3* Fortune du clergé d'Espagne.

40 Nécessité de Tabolition de la dime , de la vente des biens du clergé , et d'un nouvel ordre de subsistance pour le clergé d'Espagne.

W Du salaire du clergé.

&* Comparaison de la somme des traitements, des pensions du clergé avec le bénéfice résultant de la suppression de la dime, de la vente des biens du clergé, et de l'extinction d'une partie du casuel.

T Nouvelle formation du clergé d'Espagne.

go Nécessité que la réforme soit générale et simultanée , et que les bases en soient posées par l'empereur.

9« Bases du nouvel ordre ecclésiastique en Espagne.

10» Du concordat de l'Espagne avec la cour de Rome.

DE LA REINE JULIE, ETC. 27

faites partir avant vous quatre sujets distin-

"Votre affectionné ami ,

Joseph.

A If. ROEDBRBB, A MADRID.

Madrid, le 12 mai 18*9.

Nous ne partirons que demain, à sept heures du matin. Venez dîner ce soir à cinq heures. Votre affectionné,

Joseph.

A If. ROBDEEBR, A PARIS.

Damyel, le 29 juin 1809.

J'ai reçu votre lettre de Rayonne. Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez, et je vous prie de continuer.

L'ennemi fuit devant nos troupes; les peuples m'accueillent ici comme en Galabre; plus je m'approche du centre de Finsurrection, plus Taccueil des peuples m'est favorable : ce qui prouve que, vu de plus près, ce gouvernement prétendu populaire au loin, est reconnu pour ce qu'il est, instrument des plus viles et des plus aveugles passions. Je me porte bien, et retournerai à Madrid dès que l'ennemi aura repassé la Sierra-Morena.

Votre affectionné,

Joseph.

EXTRAIT d'une LETTRE DE M. ROEDERER A MADAME ROEDBRBR, A PARIS.

Des verreries de Saint-Quirin , le 18 juillet

... Je pense , ma chère amie , que mes précédentes vous auront fait entendre que ce ne sont pas mes affaires et mes intérêts seuls qui m'ont fait prendre la route de l'Alsace, au lieu de retourner à Pains. J'ai écrit de Strasboui^ à l'empereur. J'attendrai ici douze jours ses ordres. 11 ne serait pas impossible que j'allasse à

Vienne

Je crois que la cause de la tristesse extraordinaire de la reine, est un méchant médecin atrabilaire jusqu'à l'extravagance, qu'elle a envoyé à Madrid, et que le roi a nommé médecin de sa maison. C'est un homme qui ne

StS LETTRES DU ROI JOSEPH,

rêve que conspirations, assassinats, empoisonnements : il trouve que les éléments même sont conjurés à Madrid contre les Français. L'air les tue, l'eau les tue ; la chaleur, le froid, tout leur est également contraire. Je ne parle pas d'autres rapports qu'il peut faire , et qui n'intéressent pas la salubrité ou la sûreté du pays. C'est un mauvais esprit , supposé qu'esprit y soit.

If. DESLAIfDES (1) A M. ROEDBRBB, A PARIS.

Valdemoro , le 5 août 1809.

Monsieur,

Une lettre venant de vos côtés, et marquée n*" 3, me donne quelques détails dont Sa Majesté a entendu la lecture avec plaisir ; sa date est du 18 juillet.

Depuis que vous nous avez quitté, la guerre s'est beaucoup rapprochée de Madrid; les Anglais, au nombre de quarante mille hommes et soutenus par quarante mille Espagnols de Parmée de Guesta, se sont avancés sur le corps du maréchal Victor, espérant le surprendre et le détruire. Le roi, instruit de la marche de l'ennemi, réunit le corps du général Sébastiani à celui du maréchal Victor, et marcha luimême avec sa réserve, ce qui lui faisait une armée de quarante mille hommes. L'ennemi n'osa pas l'attendre, et commença à se retirer; nous le joignîmes dans les journées du 26 et 27 juillet , lui tuant beaucoup de monde, et le suivîmes jusque sous les murs de Talavera de la Reyna, où il prit une position formidable et nous attendit. Le roi n'hésita pas à le faire attaquer. La journée du 28 fut très-sanglante; Sa Majesté était partout; nos soldats combattirent comme des lions, en criant Vive Vempereur, vive le roi! mais leur courage ne put vaincre les obstacles que la nature du terrain leur offrait partout. Nous restâmes maîtres du champ sur lequel on avait combattu , mais nous ne pûmes enlever les positions supérieures, à quoi était attachée la destruction de toute Parmée anglaise. A la nuit, nos troupes rentrèrent dans la position qu'elles occupaient avant le combat. Nous perdîmes beaucoup de braves gens; la perte de l'ennemi fut plus considérable que la nôtre; l'on pouvait voir facilement

(i) (Note de VédUeur.) M. Dcslandes était secrëUire particulier du roi.

DE LA REINE JULIE, ETC

le ravage que notre artillerie faisait dans leurs lignes. Les rapports des prisonniers et des déserteurs portent leur perte de huit à neuf mille hommes. Mais cette armée ennemie formidable n'était pas la seule que Sa Majesté eût à combattre : une autre armée de trente mille hommes , commandée par Venegas , n'ayant plus trouvé devant elle le corps d'armée de Sébastiani qui lui était opposé dans la Manche , s'avança jusqu'à Aranjuez, s'en empara, et menaça la capitale , qui était tout à fait à découvert. Sa Majesté en reçut l'avis la nuit qui suivit la bataille de Talavera ; elle marcha aussitôt avec le corps de Sébastiani et la réserve vers Tolède , laissant le corps de Victor dans une bonne position pour s'opposer aux mouvements de l'armée anglaise. L'arrivée du roi sauva Madrid; nous sommes aujourd'hui en marche contre cette armée de Venegas, qui ne nous attendra pas ; demain nous serons à Aranjuez. J'ai pensé que l'intérêt que vous prenez au roi et aux affaires d'Espagne vous rendrait agréables ces détails sur nos opérations militaires. Depuis un mois , Sa Majesté manœuvre contre 120 mille ennemis ; elle les a battus séparément dans plusieurs i'encontres,etest parvenue à sauver Madrid , en repoussant à plus de vingt lieues l'armée anglaise et celle de Cuesta ; à présent notre partie va devenir bien belle : le maréchal Soult, avec trois corps d'armée réunis, s'avance par l'Estramadure sur les derrières de l'armée anglaise, qui va se trouver entre deux feux. La destruction de cette armée rétablirait bientôt les affaires d'Espagne. J'espère bien que, sous quelques jours, je pourrai vous donner quelques bonnes nouvelles.

Sa Majesté se porte bien; elle s'est beaucoup trop exposée à la bataille de Talavera ; nous l'avons bien priée de s'épargner un peu plus.

Veuillez bien, monsieur, agréer le nouvel hommage de mon très-respectueux attachement. Signé : Deslandes,

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