M. DE MAURSPAS ET LE CARDINAL DE FLEURT
Voici une anecdote que je n'ai lue nulle
part , et que je n^ai entendu raconter que par Chamfort.
Lorsque M. de Maurepas fut nommé, pour la première fois, chef du conseil du roi , il s'éleva une dispute entre lui et le cardinal de Fleury sur la préséance. Le roi leur assigna à chacun une place qui laissait la question indécise. Mais le prêtre , encore plus vain que le patricien, voulut affecter la prééminence aux yeux du public, et il imagina dans cette vue un singulier expédient. En sortant du conseil , il proposa à M. de Maurepas d'aller ensemble faire une visite et de le mener dans sa voiture. M. de Maurepas accepte, et ils descendent ensemble. La voiture du cardioal s'ouvre , il s'y ■ jette le premier, et prend le fond : c'était un vis-à-vis. — Pardonnez-moi, M, le comte, diUI à M. de Maurepas étonné; le devant de ma voiture m* incommode. — En ce cas , monseigneur y répond le jeune ministre, veuillez monter dans la mief^ne; le devant de la. mienne
(1) {Note de Védileur.) Ce passage fait allusion à un article de Dulaure contre M. de Montesquiou, qui fut imprimé, quelques jours après sa mort, dans les journaux. Mon père y avait déjà répondu , comme on le voit dans Tarticle qui précède cet éloge.
ne m'a jamais fait maLïi — Ils allèrent chacun dans la leur.
{Journal de Paris, du 5 prairial an vi. — 24 mai 1798.)
M. DE MONTLOSIEft.
10 juin 1B33.
Le 6 de ce mois, M. Pasquier a fait appeler par un huisser, avant l'ouverture de la séance, M. de Montlosier dans le cabinet du président. M. de Montlosier s^y est rendu. A son retour, un quart d'heure après, il m'a dit : a Le présia dent m^a appelé au sujet de ma lettre à « M. Dupin, qui est mon ami, à qui j'ai pu et c( dû dire ma pensée sur une affaire aussi im- « portante que de mettre les prêtres dans Tédu- « cation primaire. Il m'a paru avoir la prétena tion de me faire une espèce de mercuriale; « il m'a dit qu'il n'était point parlementaire <c d'accuser la chambre des pairs devant Taua tre chambre; que mon écrit était une protesa tation. .. Je lui ai répondu que je voyais bien, c( depuis longtemps, que nous ne marchions (( point ensemble, et lui ai dit qu'il fit ce qu'il a voudrait. En attendant , j'entends que ma « lettre soit distribuée, non pas à tous les (( pairs, mais à tous ceux à qui je Tai destinée. » Et alors un huissier étant venu lui parler, il lui a donné ses ordres, et sa lettre a été distribuée à l'instant sous bande à l'adresse nominale des membres à qui l'auteur l'a destinée.
M. de Montlosier est dans la persuasion que M. de Sainte-Aulaire, le duc Decazes et les doctrinaires, sont d'accord avec le pape pour remettre les prêtres dans le gouvernement civil. Cette opinion est la cause de sa chaleur contre tout ce qui geut faire présumer cette intention. Il ne faut pas oublier que Montlosier, homme très-pieux, est aussi tout dévoué au roi, qu'il a prédit à Charles X le sort qui serait le prix de sa faiblesse pour les prêtres, et que l'événement l'a justifié. La chambre des pairs est blessée de sa lettre à Dupin. Le président a lieu de l'être de sa courte explication publiée hier. — Je crois les soupçons de Montlosier sans fondement; mais ses craintes, quoique exagérées, ne sont peut-être pas sans excuse. Un zèle sincère pour l'intérêt du roi est le prin-
cipc de sa chaleur ; et l'on ne peut méconnaître ' s .
l'accent d'un honnête homme, à ces paroles qui terminent sa courte explication :
<c De Dieu j'ai reçu la vie ; du roi, ma dignité « de pair. Tant que je pourrai être utile , je « les prie de me les conserver. Quand je ne le «pourrai plus, qu'ils reprennent ce qu'ils « m'ont donné. Je désire que le roi sache que «dans ce cas leurs bienfaits, qui m'ont été « doux , ne me seront plus ni agréables ni né- « cessaires. o
LETTRES DE M. DE MOIfTLOSlER A M. ROEDERBB.
« Je remercie monsieur le comte Rœderer de son attention obligeante relativement à la constitution des jésuites. Je le remercie encore phis de son ouvrage sur François I*' et Louis Xli. Je le prie de permettre que mon libraire^ en mon absencei lui fasse parvenir un exemplaire de mon Mémoire à consulter. Je ne prétends pas par là m'acquitter, mais seulement donner h monsieur le comte Rœderer une marque de mon souvenir et de tous mes sentiments comme son ancien collègue, a Le comte de Montlosieb.
« Paris, ce 22 février 1826. »
« J'avais manqué, le dernier samedi, d'aller voir et faire mes adieux à mon savant et honorable collègue, M. le comte Rœderer. Je comptais m'en dédommager aujourd'hui ; j'apprends qu'il est parti. Je le prie d'agréer mes regrets. J'avais un grand désir de le remercier de sa dernière brochure, qui m'a fait beaucoup de plaisir. Je voulais lui dire aussi combien j'avais mis d'attention à divei*s écrits tout pétillants d'esprit sur les affaires du temps. Je dis pétillants, parce que la vivacité et l'éclat des formes font quelque diversion au détriment de la réflexion qui voudrait s'attacher au fond de§ choses. Je prie mon savant et honorable collègue de recevoir mes remerciments de tout ce qu'il m'a montré de bienveillance dans le cours de oette session. Je le prie de me continuer ses bontés, et je lui pré* sente tous mes hommages.
« Le comte db Montlostbr. « Ce 31 mai 1834. »
a Mon cher ancien et nouveau collègue , c< Vous êtes trop bon de penser à moi. Toutes les marques de bonté que mes concitoyens voudront bien me donner me seront agréables ; je les accepterai avec reconnaissance ; mais, depuis le commencement de ma carrière politique, il y a un pacte fait avec moi-même de ne rechercher aucune faveur et de ne pas même m'en occuper. Je rechercherai toujours votre estime; veuillez me la conserver, ainsi que tous vos bons et honorables sentiments. — Agréez mes remerctments et mes hommages. i< Le comte de Montlosieb. i>
Vera incessu paiult dea.
On recounait la déesse à sa démarche.
a J'ai reconnu M. le comte Rœderer à son esprit: il abonde dans les quatre brochures, surtout dans les deux dernières. — Quelquefois trop. — Cet amas de brillantes bluetles dérange l'attention , et le sujet en exige beaucoup.
a Je ne suis pas tout à fait de l'avis de mon noble collègue sur les impôts indirects, notamment sur le sel. On ne paye pas trop quand on paye à son moment, à son heure, et si l'on ^^ut. — J'ai dans ce moment quarante ouvriers à Randane pour faire mes foins... Soyez tranquille... Je vous réponds qu'ils me font payer le sel qu'ils mettent dans leur soupe.
« Adieu, noble et respectable collègue : puissé-je vous voir et vous recevoir en Auvergne ! « Comte DE Montlosieb.
« Ce samedi 19. »
LE COMTE IXIUIS DB NARBONIIE.
On attribue à Louis de Narbonne ces deux vers:
Et ce froid Saint-Lambert
Qui des quatre saisons Ht un si long hiver.