‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 84 sur 208 · VAUBLANC · texte numérisé non relu

VAUBLANC

Nommé député, le 24 vendémiaire, par l'assemblée électorale de Seine- el-Mame, à la séance du matin, Vaublanc a été condamné le 26 par une commission militaire. D'après l'article 4 1 1 de la constitution, qui déclare que les

députés, depuis i'instant de leur nomination jusqu'au trentième jour après Pexpiration de leurs fonctions, ne peuvent être mis en jugement que dans les formes prescrites par les articles suivants, son jugement est nul; et c'est faire grâce à ceux qui l'ont rendu, de le qualifier simplement de nul, car c'est un véritable attentat à la garantie des députés. Mais il faut oublier tout le mal qui ne peut se réparer.

En outre , tout jugement de contumace s'anéantit par la présence du condamné devant les juges que la loi lui assigne. Vaublanc, en sa qualité de député, a pour seul jury d'accusation compétent, le corps législatif. Il s'y présente , son jugement est donc anéanti. Son affaire me parait se réduire à ce peu de mots. Il ne peut avoir contre lui , aux yeux de quelques gens, que la justice de sa cause et ses talents.

(Journal de Paris, du 9 fructidor an iv.— ^7 août 1796.)

M. YILLEMAUf.

Distinction des pairs en quatre classes.

M. Villemain m'a appris dernièrement ( février i835) , qu'on distinguait les pairs en trois classes : les pairs à carrosse, les pairs à cabriolet , et les pairs à parapluie. M. Gilbert des Voisins m'a appris, depuis, qu'il fallait ajouter une quatrième classe, dont il faisait partie, celle des pairs en omnibus. Il disait assez gaiement, qu'ils s'étaient rencontrés cinq pairs dans un omnibus.

M. Villemain n'était pas de si bonne humeur quand il parlait des pairs à parapluie. Voici à quelle occasion : il arrivait à la chambre au milieu de la séance; la veille, il n'y était pas venu du tout... Je lui dis quand il entra : m Alessiettrs de t Académie française ^ vous prenez bien vos aises. La cour des pairs ne vous importe guère quand vous avez séance à l'Académie ; c'est là que vous allez de pré fértnce. — a Eh mais, répond M. Villemain, cest tout a simple^ je suis secrétaire perpétuel, c'est là mon « majorât, à moi! il faut que je le desserve* H a vous est fort aisé d'être exact à la chambre, a à vous, pair à carrosse/ Moi, qui ne suis qu'un « pair à parapluie Je n*ai pas mes aises pour y a venir.., » Il prit sa place à peu de distance de moi , et je lui fis cette réponse :

A M. YILLEMAUV.

Heureux le jeune pair qui » vêtu d'un frac noir,

Et muai de son parapluie , Tantôt sur le pavé , tantôt sur le trottoir,

En courant excite Tenvie Du vieux pair qu'on charrie

Vers un trop pénible devoir, Et qu'attend au retour un char drapé de noir !

A la porte du sanctuaire Restent le parapluie et le frac débonnaire. Le jeune pair entré, s'assied sur le tonnerre»

Et répand des paillettes d*or,

Comme ce dieu dont la tendresse

En fit pleuvoir sur la maîtresse

Qu'il ne possédait point encor.

M. Villemain se récria sur le char drapé de noir. Je lui répondis : Voilà ce que c'est d'exciter Tenvie avec votre parapluie !

Quand il vit les paillettes d*or, il m'assura que je me moquais de lui. Mais il me rendait plus de justice au fond de l'âme.

▼OLTAIRE.

Je tiens de madame de Yillette que quand Voltaire comptait ses doubles louis ^ ce qu'il faisait souvent^ il disait : Un ami, deux amis, trois amis, etc.

Faute à corriger : Dictionnaire philosophique, au mot Esprit :

a Ce qu'on appelle esprit est tantôt une comparaison naturelle ; tantôt une illusion fine. Lisez : allusion. »

Idem , au mot Epopée : a image du Très- Haut qui réglas la terre. » Lisez : qui régla.

QUE l'art des vers FArr passer BIElf DES COirTRB- SElfS ET DES NON-SENS.

Je .soutins un jour à l'Institut que Tart des vers faisait passer bien des contre-sens et des non-sens.

Je donnai pour exemple des contre-sens les vers d*Orosmane à Zaïre , dont je fis l'analyse : Cruellement blessé... M. Ginguenéme contesta qu'il y eût contre-sens. Voici les vers dont il 9*agit :

CrueUement blessé, mais trop fier pour me plaindre. Trop grand, trop généreux pour m'abaiseer à feindre. Je viens vous déclarer que le plus /roid mépris De vos caprices vains sera le digne prix.

Après avoir dit qu'il est cruellement blessé, il déclare un froid mépris. Cela n'est pas d'accord.

Après s'être plaint d'être cruellement blessé, il dit qu'il est trop fier pour se plaindre. Cela n'est pas d'accord.

Après avoir dit qu'il est cruellement blessé, il ajoute qu'il est trop grand pour feindre.

Et c'est après ces mots qu'il feint un froid mépris. Cela n'est pas d'accord.

Entre ces deux déclarations qu'il ne veut pas se plaindre^ et qu'il ne veut pas feindre, on trouve une plainte et une feinte.

La logique n'admet entre ces déclarations que le silence.

Le papier inclus est l'analyse que je fis à la séance de ITnstitut.

Elle est imparfaite. Je n'ai pas saisi la réponse de M. Ginguené.

Ajoutez à la critique des quatre vers, qu'il y a encore une contradiction entre ces mots gé^ néreux et une déclaration de froid mépris. U n'est pas trop généreux à un amant d'outrager l'objet de son amour par le froid mépris.

Enfin, il n'y a pas de générosité à ne pas s'a-baisser à feindre.

La générosité ne consiste pas à s'abstenir d*un acte d'abaissement. Elle sermt plutôt dans l'effort de dissimuler et de vûocre son ressentiment.

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