ACTE V, SCÈNE IV. a
kne désire point de t*anracher tes armes, Je serois plus aveugle implorant le pardon Que quand je me rendis indigne de ce don. Gagne cette beauté qui n'a point de seconde, £ii rendant son pouvoir visible à tout le monde; Pbur la vaincre, inhumain, tu n'as qu'à m'assaillir. Tu n*as qu'à publier qu'elle m'a fait faillir. Tu [Jairas à ses yeux et pourras par mon crime Prendre sur ses hauteurs un pouvoir légitime^ i^a, Théandre, va donc, attaquer mon honneur, Et ne diffère point ma perte et ton bonheur.
THÉAJN'DRE.
perfide, ainsi toujours une âme criminelle Spie les desseins qu'on médite contre elle; liosi, lascive, ainsi le coupable est sans paix, St sa timide oreille est toujours aux aguets.
)ue craint un criminel qui presse son supplice ,
^i soi-même est son juge, et condamne son vice?
Savourai toute chose, et mon intention
S'est point de profiter de ta confession ;
fc ne publîrai point l'espoir illégitime
I^ te fit le premier coupable de mon crime;
Dn même feu sur nous différemment agit,
Ton sexe en fait trophée et le mien en rougit;
Ta gloire m'est un crime , et cette même flamme
Qui touche mon honneur ne touche que ton âme;
lïossermens violés, tes manquemens de foi,
^ces feux dissolus ne sont qu'amour pour toi.
Tels qui m'auront nommée infidèle, effrontée,
Parlant de toi , diront : 11 aime Doristée ;
254 CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,
Plaignant ton infortune , on m'en souhaitera. Je serai condamnée, et l'on t'excusera.
THÉANDRE
Ce discours est fort beau.
DORANTE
Doristée est plus Belle.
Suis, Théandre, à mes yeux, suis ton ardeur nouve Établis tes desseins dessus un faux rapport, J'attesterai pour toi que son amant est mort, Et je te dépeindrai si charmant et si rare, Que, si tu n'es content, Doristée est barbare: Pour ne pas retarder ton amoureux dessein, Veux-tu que de ce fer je me perce le sein? Eprouve", cher Théandre, en faveur de ta Ûamme Jusqu'où le repentir peut porter une femme, Que seule je t'oblige et dissipe tes soins , Que je sois mon, bourreau, mon juge et mes témoi
( Lui voulant ôter son ëpëe.)
Souffre que je répare en l'ennui qui me presse, Par un coup de courage, un effet de foiblesse.
PHILACTE.
C'est trop, c'est trop long-temps lui refuser la gra
Que pour la même offense il faut qu'elle vous fasse
Témoignez de ses pleurs un généreux effet,
Et ne lui niez pas un don qu'elle vous fait.
La ruse découverte aussitôt que conçue
Ne peut plus obtenir une prospère issue;
Et produiroit chez vous des sources de malheurs,
Qui tariroient plus tard que celles de vos pleurs.