‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 134 sur 428 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

SoufFrez mon désespoir, et que mon corps, madame, Tombe dessous Teffort de cette heureuse lame.

(La reine le relient.)

0 vains empêchemens, ô desseins superflus, De Youioir que je vive , et Floronde n'est plus ! 0 cruel accident! ô fatale aventure !

SALMAGIS.

'e la plains comme vous, et je sais qu'elle est dure. Hais vous faites paroitre im cœur trop abattu : Montrez en un grand mal une grande vertu. Puisque tous ces assauts, que la rage vous livre, Ne vous la peuvent rendre et la faire revivre. On ne repasse point le noir fleuve des morts ; C'est là que le ciel même a borné ses efforts.

CLIÉANDRE.

fai trop, j'ai trop vécu; souffrez que l'Albanie

M'accorde ce qu'ici votre pitié me nie ;

Mon supplice rendra ces peuples satisfaits y

£t ma mort entre vous rétablira la paix.

Floronde, unique objet de mes tristes pensées.

Sur les ondes du Styx, si tu les a passées ,

Attends ce malheureux ; j'y porterai mes pas.

Et quelques jours au plus diffèrent mon trépas.

Entends mes tristes cris et la ferme assurance

Que tu dois conserver de ma persévérance ;

Jamais objet que toi ne me pourra toucher;

Ton nom me fut toujours et sera toujours cher;

J'ai tenté contre moi ce que n'a pu l'orage ,

Al^rs que je t'ai cru immolée à sa rage ;

f ai rejeté prière , et conseil et raison ,

Et j'ai cherché le fer , la flamme et le poison.

Mais croyant m'obliger , on m'a caclîé ces armes ,

Accusé mes soupirs, et condamné mes larmes:

J'ai trouvé tous les dieux et tous les hommes sourds; '

Et ma seule impuissance a conservé mes jours.

LYSANOR.

Floronde vous entend , et son amour s'ofFense Que vous la soupçonniez de souffrir votre absence. Elle est à vos côtés , et Parques ni trépas Ne peuvent l'empêcher de marcher sur vos pas ; . ' Croyez qu'elle est sensible à vos plaintes amères, Qu'elle a plaint comme vous vos communes misères, Et qu'en l'état qu'elle est ces funestes propos Ne peuvent plus servir qu'à troubler son repos..

CLÉANDRE,à/a reine.

Que je puisse, madame , après un coup si rude,

Accorder quelque temps à mon inquiétude,

Donner à ma douleur le reste de ce jour ;

Que seul je m'entretienne avecque mon amour.

Je ne tenterai rien contre ma triste vie;

Vos travaux et vos soins vous l'ont trop asservie :

Je la veux respecter parce qu'elle est à vous,

Et votre seul sujet me sauve de mes coups.

Mais souffrez qu'un moment, en ce regret extrême, ..

J'aille avec Lysanor

SALMACIS

Demeurez ici même ; Contre cet accident armez votre raison , Et soyez absolu dans toute ma maison.

( Elle sort.)

cÉPHALi^j à part en lasuwant. *

Que mon espoir est foible en ce mal que j'endure! Rien de ce que. je vois ne m'est d'heureux augure.

(Elle sort ) ,

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