ACTE m, SCÈNE II. ao
Est-ce là comme il faut obliger vos amours? Et cet éloge enfin rassure-t-il mes jours?
CLÉANDRB.
Si tu sais de quel trait son âme fîit blessée , Quel droit et quel empire eus-je sur sa pensée ?
LTSAirOR.
Saos dessein de complaire à votre passion,
Jerépon^Jrai, monsieur, de sron affection:
rai su combien pour vous son ardeur fut extrême,
fai connu ses secrets à l'égal d'elle-même , i
Et je ne puis douter du sensible tourment
Qaelle souffre aux enfers pour votre éloignement.
CLÉkVfDHE.
Par quel barbare sort m'est la clarté rendue? Quel dieu m'a conservé lorsque je l'ai perdue? Ahl que ta main, Cléandre, est lente en son devoir! Madame, permettez la plainte au désespoir.
SALM AGIS
Enfin c'est trop cacher l'ennui qui me possède : Cruel , comme ton mal le mien est sans remède. Suis , cher Cléandre , suis tes funestes desseins ; Abandonne ta vie à tes barbares mains ; Hais ne t'offense pas qu'une reine importune iSuive jusqu'aux enfers tes pas et ta fortune. Le ciel s'oppose en vaiù au dessein que j'ai pris ; Et la vie ou la mort unira nos esprits.
GLIÉANDRE.
A tous les malheureux cette peine est commune , Qu'à l'envi tout le monde accroît leur infortune; Et mon malheur est tel , qu'en mon cruel tourment Vous trouvez des sujets de divertissement.
ao4 L'HEUREUX NAUFRAGE,
SALMACIS
Non , non , c'est trop douter d'un amour trop visible , Que Cléandre avoûroit s'il n'étoit insensible : Il sait, il sait l'ardeur qui m'embrase le sein, Et son aveuglement provient de son dessein.
CLÉANDRE
Triste rebut des flots, trahi de la fortune, Qui partout suis à charge et partout importune, Je ne me flatte point de sentimens si faux ; J'ignore toute chose , excepté mes défauts.
SALMACIS
Sans obliger ma voix à parler de ma flamme , Lis, cruel, sur mon front les secrets de mon âme. Qu'a besoin mon amour du secours de ma voix? Mes yeux et mes soupirs te l'ont dit tant de fois! Quoi, tu n'observes pas les traits de mon visage? Cléandre, ayant aimé, n'entend pas ce langage! S'il ne te suffit pas de ma confession , De Lysanor, cruel, apprends ma passion; Apprends-la des effets ; mon sceptre, ma couronne, Mes biens, mes dignités, l'éclat qui m'environne, Et moi-même captive en tes aimables nœuds, , Ne sufHpons-nous point à t'acquérir mes vœux? O que d'un trait fatal mon âme fut touchée. Quand sur ton corps mourant j'eus la vue attachée ! Tout souillé du limon dont tu fus emporté , Tu me ravis les sens, le cœur, la liberté; Ton visage tout pâle eut d'invincibles charmes ; Je crus qu'un dieu mouroit, et je versai des larmes.
CLEANDRE.
Que ne puis-je forcer cette fatalité Qui fait de ma constance une nécessité ?