ACTE m, SCENE III
Et rÉpire voyoit ses plus rares beautés Sous ses aimables lois ranger leurs libertés.
C]£PHALIE.
Fbronde toutefois. eut toutes ses caresses, Et seule elle étouffa Tespoir de cent princesses. Eut-elle tant d'attraits h charmer sa raison? Et quelle y Lysanor, suis-je en comparaison?
LTSAHOA.
Telle qu*est le soleil sur la moindre lumière
Qui suive de la nuit l'inégale courrière.
Pbur TOUS la peindre mieux , vous savez qu'à la cour
On représente en vers des histoires d'amour :
La jeuncfsse nous porte à ces jeux de théâtre,
Et sur tous autrefois j'en étois idolâtre :
Hon visage en ce temps, et plus jeune et plus frais,
Sous les habits de fille avoit quelques attraits ,
fefiiisois Amarante, ou Cloris, ou Sylvie,
Et de mes actions la cour étoit ravie.
ikrs il me souvient que mille fois le roi
A fiiit comparaison de Floronde et de moi.
Dieux! disoit-il à tous, la reKemblance extrême!
Tftilà son même geste , et son visage même.
fcgez par ce discours quels furent ses appas ;
Et puisqu'elle lui plut, que ne ferez-vous pas?
C^PHALIE.
Hon œil découvre en toi d'assez douces mer%'eilles , Et, je meure , ta grâce a fort peu de pareilles. Plus on vott ton visage , et plus il paroît beau ; Chaque instant y fait voir quelque chahne nouveau ; Ton geste est agréable , et ta façon gentille ; )e toi nature eût fait une fort belle fille ,
ao8 L'HEUREUX NAUFRAÇE,
Et j*estime le choix de ce fidèle amant *
Si l'objet de ses vœux ëtoit aussi charmant. Mais, mon cher Lysanor, il n'est pas impossible Que ma fidélité le trouve un jour .sensible. Le temps sur la mémoire a des droits absolus; Il change les objets qui la touchent le plus ; Et le ciel, favorable au beau nœud qui me lie, Peut où régna Floronde établir Céphalie. Ne me refuse point tes soins officieux. Et tu me seras cher à l'égal de mes yeux.
LTSAirOR.
Notre propre intérêt à ce devoir m'excite. . Mais, quoique cet honneur excède son mérite, Je doute toutefois de cet heureux (lessei^^, :
Et que des traits nouveaux puissent toucher son seio. Pour lui lia reine souffre un semblable martyre^ Elle offre à cet ingrat son trône et son empire ; ^ Mais elle a son esprit assailli vainement y Et sa Floronde seule y règne absolument.
CÉPHALIE.
J'ai bien su son amour, 8t le nœud qui l'engage
Jusqu'ici m'a contrainte à celer mon servage ; â|
Mais enfin ce tyran des jeunes volontés ,
Cet enfant qui préside à tant de libertés ,
Me contraint de forcer un ennuyeux silence.
Le respect que j'avois cède à sa violence ;
Dis-lui secrètement les vœux que je lui fais :
L'amour de traits divers fait de divers effets;
Le rang, les dignités, sont ses moindres amorces,
Et de soi seulement il emprunte ses forces.
Une secrète loi forme nos passions,