SCÈNE PREMIÈRE
CÉLIANE, LA WOURRICE.
^ GELIANE.
Ah! que tu m'entretiens de vaines espérances !
Qoe ton discours est foible après tant d'apparences!
IToiirrice, il est trop vrai, le nom de Florimant
iit le nom d'un perfide et d'un ingrat amant.*
ihl que ce changement fit bien voir sa défaite !
^ bouche s'entr'ouvrit et demeura muette.
D'abord il ne pouvoit supporter ses appas ;
ians couleur et sans geste , il recula deux pas.
\fïès ce long respect on vit cet infidèle ,
Bégayant , proférer trois fois le nom de belle ;
Mais , à quelques efforts que sa voix eût recours ,
H se tut et ne put achever son discours.
Tant que nous pûmes voir cette jeune effrontée.
U eut toujours la vue en ses yeux arrêtée ;
Et ses timides bras , qu'il approchoit des siens , Sembloient se présenter à de nouveaux liens. Que mon occasion lui donnoit peu de peine , ï^ qu'à le retenir ma présence étoit vaine !
i84 LA CÉLIANE,
Nise avoit trop d'appas , et dans ce changement Je n'eus pas la faveur d'un regard seulement. Depuis ce jour fatal on voit en son visage Des signes trop certains de son nouveau servage.
LA NOURRICE
Je ne puis concevoir cette désunion ;
Je crois que tout ce mal n'est qu'en Topinion ,
Et qu'un jour vous saurez que vos jalouses craintes
Vous ont d'un faux pinceau ses actions dépeintes,
Que le ciel bénira vos chastes amitiés ,
Et qu'un heureux hymen joindra vos deux moitiés.
GELIAITE.
Quelque si bon moyen que ta prudence essaie , Tu ne saurois guérir cette incurable plaie : J'ai perdu tout l'espoir qui me flattoit jadis. J'ai par trop de faveur ses esprits refroidis , Et le même moyen dont mon âme craintive Pensoit le conserver est celui qui m'en prive.
(Elles sortent. >