‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 195 sur 428 · ACTE III, SCÈNE II. a · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II. a

Si dans ce tourment sans pareil Tose importuner le Soleil D'approuver ma nouvelle flamme , Ce dieu rira de mes discours.

Et me répondra que mon ame Est plus légère <{ue son cours*

Si je me découvre à sa sœur , Elle dira que son chasseur .Souffre encor ses premières peines ; Et l'Aurore , oyant mon tourment , Vanteroit les premières chaînes Que porte encore son amant.

En vain mes soupirs et mes pleurs Voudroient faire à ces belles fleurs Approuver mon nouveau servage; Elles m'apprendroient que le vent , Quoi qu'on en die , est moins volage , Et ne change pas si souvent.

Si les rochers savent mes maux, Echo rira de mes travaux :

Jamais un si honteux caprice ïTa terni son affection; Et la mémoire de Narcisse Plaît encore à sa passion.

Mais que mon esprit vainement S'entretient sur ce changement!

Qu'on le blâme ou qu'on l'autorise , Le dieu des dieux est mon vainqueur ; Et celui qui n'aime pas Nise K'a point d'yeux ou n'a point de cœur.

Oui; mais tant de sermens dont ton âme profane

A lâchement déçu l'esprit de Céliane,

Et les siens mutuels, «ne condamnent-ils pas

L'injure que tu fais à ses chastes appas ?

Les dieux ne sont-il plus maîtres de ces tempêtes

Dont ils ont foudroyé tant de coupables têtes?.

Peuvent-ils approuver de se voir en ce point.

Et t'y souffriront-ils s'ils ne l'approuvent point ?

Et même quand le ciel avoûroit ton offense ^

(Pamphile arrive et l'ëcoute sans se îsAr» Yoir. )

Que Nise s'offriroit à tes vœux sans défense , Qu'elle oublîroit Pamphile ^ et que cette beauté Se donneroit pour prix de ta déloyauté , Traître , aurois-tu le cœur si lâche et si barbare Que de souiller l'éclat d'une amitié si rare , Que d'oser assouvir ta sale passion Des faveurs qu'elle doit à son affection ?^ Pourrois-tu voir .payer ses flammes de fumée , Et voudrois-tu cueillir les fleurs qu'il a semées? Célestes qui voyez quel charme m'a séduit , Qui savez l'infortune où je me vois réduit , Que ma nouvelle ardeur ne fut point volontaire, Et que mon foible esprit tâche de s'en distraire , Traversez, justes dieux, mes coupables desseins, Faites naître en mon cœur des mouvemens plus sain: Ou , si l'astre ennemi qui gouverne ma vie Me procure la fin de ma brutale envie , Entre les deux ;accès de ce contentement Et ceux de mon trépas ne mettez qu'un moment; Que le même linceul où mon amour impure Éteindra son ardeur serve à ma sépulture.

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