‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 198 sur 428 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

NISE, PAMPHILE.

HISE , tendant les bras h Pamphile.

Quelle fiicheuse humeur entretient mon amant , Et pourquoi ne reçois-je un accueil plus charmant? Pourquoi ne vient-il pas sur ma bouche innocente Liisser évanouir son âme languissante ?

Mauvais, si vos froideurs vous durent plus long-temjis, St si vous différez le baiser que j'attends, Quelque jour mon humeur, à son tour inhumaine, i^ous traitera de même en une même peine.

PAMPHILE

^oos avez assez lu dans mes douces ferveurs ^ je n'estime rien au prix de vos faveurs , ^ vos moindres regards ont élevé ma vie în un point oîi je crois qu'un dieu me porte envie. In seul de vos baisers charme tous mes esprits , ^ je ne songe plus au nectar sans mépris, lais souffrez que mon âme , esclave de la vôtre , ^ prenne désormais par la bouche d'un autre , )'un ami sans exemple, et que je tiens si cher, iue par lui je croirai vous voir et vous toucher, ■i hymen qui vous doit rendre à ses désirs facile în vous joignant à lui ne vous joint qu'à Pamphile , îu'à ce même Pamphile où vos yeux innocens

(Voyant Nise étonnée. )

Mais, dieux! quel changement altère ainsi vos sens? Si tous trouvez ma voix à vos vœux si contraire, vitez-moi le moyen de pouvoir vous déplaire :

29a LA CÉLIANE,

Punissez de ce fer l'auteur de vos tourmens , Étouffez par ma mort la gloire des amans. Et que j'aille en la nuit de Tinfemale rive Plaindre les douces nuits dont mon malheur me pri

iriSE.

Complice des assauts que me livre le sort , Puis-je être plus constante à l'arrêt de ma mort ; Et veux-tu que je montre en ce mal incurable Au tyran qui me tue un œil plus favorable ? Suis-je point obligée à ton lâche dessein? Rirai-je en me voyant mettre le fer au sein? Et puis-je sans rougir voir la façon hardie Dont tu viens à mes yeux montrer ta perfidie?

PAMPHILE

J'atteste ces esprits pour qui la vérité De nos intentions n'a point d'obscurité , Et qui savent l'état de mes longues misères, Que jamais vos^ beautés ne me furent si chères, Que je baise mes fers y que jamais la raison Ne me conseilla moins de rompre ma prison. Par le dessein fatal dont je vous importune Je creuse mon tombeau, je détruis ma fortun^; Je me fais un outrage en ce funeste lieu , Qu'à peine mon respect auroit souffert d'un dieu. Moi-même je me fais cette incurable plaie, Et je suis l'ennemi le plus cruel que j'aie ; Mais la nécessité m'ordonne ce tourment ; Je préfère à mon bien celui de Florimant , Et quelque affection qui menace ma vie , Pour lui je la tiendrois heureusement ravie. Toutefois je vivrai si vous le conservez ;

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