‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 249 sur 428 · ACTE II, SCÈNE V. 36g · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V. 36g

Ta beauté plut aux yeux de certaine étrangère

Qui t'acheta;. mais, lasl dans les bras de ton père

Tu me fus arrachée, et. la même rigueur

Qui t'ota de mon sein i^'en arracha le cœur.

Elle partit sur l'heure , et je ne pus apprendre

Vers quelle région ses vaisseaux dévoient tendre.

Ton frère me resta, pendant à mes genoux;

Et sa grâce d'abord me fit chérir de tous :

Entre autres sa beauté plut aux yeux, d'une dame

Qui nous fit acheter et depuis fut ma femme ;

Car m'ayant daigné 'voir et pratiquer souvent.

Et su si bien sonder qu'on ne peut plus ayant ,

Soit qu'en mon entretien elle feût trouvé des charmes ,

Soit qu'elle me jugeât être expert dans les armes,

Soit qu'elle fût portée à me vouloir du bien

Par la conformité de son sang et du mien ,

Son instinct à m'aimer me tirant de servage ,

Ne me laissa pour fers que ceux du mariage.

Me trouvant veuf comme elle, et verif de tous mes bi^ns,

Je m'offris sans contrainte à ces derniers liens ,

Qui depuis m'ont acquis dedans. cette province

Une charge de chef dans les troupes du prince.

Tel depuis quatorze ans j'ai vécu dans ces lieujç ,

Sans qu'on m'ait interdit le culte de nos dieux.

Le noir bras de la Mort a depuis deux années

De ma chère moitié tranché les destinées ;

Et le ciel m'empêcha d'accompagner ses pas,

Afin que ce bonheur précédât mon trépas.

Fais-moi part à ton tour du récit de ta vie.

ALPHRÈDE.

Nous quittâmes le port sitôt qu'on m'eut» ravie.

Et, tendant vers la France, à la fin à. Calais Tome II. « ' 24

370 LA BELLE ALPHRÈDE,

Nos vaisseaux arrivés déchargèrent leur ùâx. C etoit Theureux pays qu'habitoit cette dame Qui depuis me tint chère à l'égal de son âme. Eut un extrême soin de mon instruction , Et mourant m'honora de sa succession.

Enfin un fort désir de revoir Barcelone , Produit par cet instinct que la naissance donne, Me fit quitter Calais , et j'ai depuis ce jour ' Proche de mes parens établi mon séjour. J'eus avec mes malheurs une assez longue trêve;

J'eus quelques ans heureux Mais faut-il que j'achèr

Et vous dois-je avouer que de ce lâche cœur Le pouvoir d'un enfant à la fin fut vainqueur?

AMINTAS

Je sais de tes amours la suite infortunée , Et qu'un traître a rompu la foi qu'il t'a donnée. Les dieux y pourvoiront ; différons ce propos , Et goûtons à loisir les douceurs du repos.

ALPHR*.DE, à genoux.

Puisque jusqu'à ce point le ciel me favorise, Qu'un jour me rend un père, un frère et la franchis Pour dernière faveur, par ces sacrés genoux , Ne me déniez point ce que j'attends de vous; Accordez une grâce à l'ardeur qui me presse: Je ne me lève point qu'après cette promesse.

AMIITTAS.

■ Que puis-je refuser à tes moindres désirs, Puisque de ton repos dépendent mes plaisirs? Oui , lève-toi , ma fille , et demande , assurée De trouver à tes vœux une âme préparée.

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