ACTE III, SCÈNB IL
FERRANDE.
Écoutez une histoire ^uIl moins qae de la voir j'aurois eu peine à croire.
CLJÉANDRE.
'j8L puîs-je entendre, hélas!
FERRANDE.
Il vous souvient du jour ^'on tira de ce lieu ce miracle d'amour : kusftitàt on Tamène au logis du pirate ; k l'abord sa constance en son visage éclate ; Slle entre d'un pas grave , et parle à ce voleur Sans qu'aucun changement altère sa couleur. Sa grâce en cet état lui paroît sans exemple ; Plus il la trouve ferme , et plus il la contemple ; [1 voit d'un œil charmé sa résolution , admire son parler, son port, son action, Et, tout confus enfin , lui parle en ce langage : >c Dieux ! de quçl front , dit-il , vous portez le servage ! Si telle dans les fers est votre égalité , '
Quel paroîtriez-vous dans la prospérité ? » Elle par ces deux mots rompit lors son silence : « Je fuis le désespoir, je fuirois l'insolence; Taurois les mêmes yeux dont je vois les ennuis. Et je serois moi-même autant que je la suis. » Ge fatal mot de la fut lâché par mégarde : Le vieillard attentif aussitôt la regarde , Et réconnoît bientôt des charmes en son sein Qui passent la douceur du sexe qu'elle feint ; Même il voit que sa bouche est à peine fermée , Que par une rougeur sa voix est confirmée , Et que son œil , en bas tristement attaché ,
378 LA BELLE ALPHRÈDE,
Tëmoigiie le regret du mot qu'elle a lâché. On nous ouvre aussitôt une chambre prochaine , Oîi ce vieillard pensif commande qu'on nous mène; . Et nous avions à peine encore dit deux mots y Qu'entré seul il l'aborde et lui tient ce propos : (c De quel pays, dit-il^ belle prison des âmes. Apportez-vous si loin des chaînes et des flammes? Quelle heureuse Médée à ce mourant Eson Vient rendre de ses jours la première saisoiè? » Là je vois qu'elle tremble , et qu'un regard fturovcht ' Contemple sans parler cette amoureuse souehe, ^ Ne peut que repartir , mais par son action L'informe clairement de son aversion.
Lui, pour comprendre en peu cetta triste infortune,. : Devenu plus ardent, sans cesse l'importune, Et cent fois à genoux, mais en vain, lui promit Une part en son sceptre aussi-bien qu'en son Ht. D'une trop belle ardeur son âme étoit pressée , Rodolphe trop avant régnoit dans sa pensée ; Sa> foi demeura pure , et , malgré vos mépris , Vous seul aviez pouvoir de toucher ses esprits.
RODOLPHE
Achève tôt, Ferrande.
O cruelle disgrâce! )|
FERRANDE.
Des caresses enfin il passe à la menace ,
Peste contre elle et vous, et j'ai vu le moment 1
Qu'il vous immoleroit à son ressentiment. - - *
Mais cette passion , à nulle autre seconde ,
Eût plutôt ébranlé les fondemens du rao^de ,