ACTE V, SCÈNE VÎIL
Tire de cette ardeur de plus rares effets, Exige des efforts qu'autre ne fit jamais, Excepte mon honneur, que ma foi te conserve. Et , ce point réservé, je n'ai point de réserve. Passe au dernier effort, teins ces lieux de mon sang; Je baiserai la main qui m'ouvrira le flanc.
LUCIDOR.
Arbitres des mortels, grands et sévères juge$
Contre qui les pécheurs cherchent de vains refuges,
Dont l'absolu pouvoir dispose de nos jours,
Dont le foudre est plus fort que les plus fortes tours,
Employez^ justes djeux , votre puissance extrême
A me faire souffrir une peine de même,
Si j'ai trahi ma dame , et si le changement
M'esjt et me fut jamais reproché justement.
Je croyoia votre mort ; une fausse assurance
D'un malheur aussi faux me privoit d'espérance;
Le rapport d'un ami , qui m'a juré cent fois
D* avoir vu ce beau corps et sans âme et sans voix,
Depuis six mois ou plus m'arrête en cette ville ,
Et m'a fait estimer mon voyage inutile.
Jugez si ce rapport eut de tristes effets
Par le nombre des vœux que je vous avois faits.
J'ai les mêmes ardeurs, un même nœud me lie:
L'intérêt m'obligeoit à rechercher Célie ;
Quoique je rende hommage à cet objet charmant ,
Elle m'excusera, je l'aimois froidement.
Que dessus moi mon crime attire le tonnerre ,
Ou que pour m'abîmer le ciel ouvre la terre.
Si j'ai dessein ailleurs, si j'ai trahi ma foi.
Et si la vérité ne vous parle par. moi.
5aa LA PÈLERINE AMOUREUSE ,
AftGEtlQUE.
Les six mois expirés, une ^uleur si forte
Saisit tous mes esprits, (pi' on lae crutlong-tempsrnorte;
Et s'il faut accuser cet unique malheur,
Et non ton changement, de ma longue douleur;
Si tu plaignoià ma mort , et si je plais encore ,
Comme je plus jadis, à tes yeux que j'adore.
Je ne puis rien entendre et rien voir sans mépris,
£t je passe en bonheur les plus rares esprits.
LUCIDOR.
La terre ne voit pas ,, en la saison nouvellç ,
La lumière du jour si brillante et si belle ^
D'un œil si satisfait que je vois vos appas
Que j'ai cru si long-temps le butin du trép^as.
Je revois ces beaux yeux! larmes, plainfes, désastres,
Eclipsez, vains ennuis, à Faspect de ces astres !
Suis, bienheureux amant, ton amoureux dessein;
Quel respect te défend de presser ce beau sein?
O bienheureuse erreur qui dans cette aventure
Donne à mes longs travaux le fruit avec usure!