‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 366 sur 428 · ACTE I, SCENE L · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE L

CÉPHISE

Ma sœur, un changement est aise s'il est doux:

Je me plaignois de tnême, et toutes comme nous.

Notre sexe rougit d'actions innocentes;

La honte dans nos cœurs suit ces ardeurs naissantes;

Mais elle se dissipe, et le temps à la fin

Nous fait de notre amour bénir tiotre destin :

Il est doux d'ohëir à son pouvoir suprême;

Je trouve des plaisirs dans la tristesse même;

Et, quoique je révère un ingrat qui me fuit,

Qui me vient conseiller de l'oublier me nuit.

THÉANE.

Ma fortune est meilleure , et j'ai cet avantage

Que ce que j'ai d'amour Thimante le partage;

Je possède ses vœux, et cet aimable amant

Me considère seule , ou feint subtilement.

Mille fois mes rigueurs Pont réduit à sç plaindre:

Il est vrai qu'il est homme, et tout homme sait feindre ;

La nature poqr nous lui prescrit des regrets

Qui, comme ils sont communs, doivent être suspects.

Toutes ont des appas , toutes semblent leur plaire ,

Et son sexe lui rend ce vice. nécessaire;

Il prise un beau visage , et , complaisant qu'il est ,

Prise souvent aussi celui qui lui déplalU

GJÉPHISE.

L'homme doit tout priser, au moins en la présence;. La nature l'oblige à cette complaisafnce. Mais par ses actions on connaît aisényjnt S'il parie en courtisan ou s'il paile el^mant : Pour l'une il a des vœux, poui^ les autres des feintes; Celle qu'il n'aime point lut cause peu de plaintes;

S'il la voit sans dessein et n'est qu'officieux ^ Elle ne tire point de larmes de ses yeux, II ne l'appelle point du nom d'inexorable^ II ne répute point son destin misérable. Notre cœur par nos yeux ne se peut démentir ; Et pour bien exprimer il faut bien ressentir. Les plaintes, les respects et les pleurs de Thimante, Vous figurent assez l'ennui qui le tourmente. Que n'est-il Célidor, ou que cet inhumain N'a-t-il pour mon sujet un aimable dessein !

TUIEANE.

Comme tu vois pour toi son cccur inaccessible , Rien ne captive-t-il ce vainqueur insensible?

"' GÉPHISE.

Nérée en est chérie , et ses vœux mutuels Entretienneat mes liiaux si longs et si cruels.

THEANJE.

Quoi! la sœur de Thimante?

CEPHISE.

Oui, l'aime et le captive:

Il vous donne des vœux lorsque sa sœur m'en prive; Il vous offre so4i cœur tandis qu'elle me perd; La sœur me dfllèspère , et le frère vous sert : Mais qu'il ait tous les biens que le ciel lui destine, Et que mon intérêt ne soit point sa ruine. Vouez votre franchise h ce fidèle amant , Et ne reculez point pour mon avancement; Que son repos ;flpi sœur, succède à ses supplices; El mon soulagement naîtra de vos délices. Voyant en son bonheur la justice d'Amour,

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