‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 369 sur 428 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Quand Tamour «st extrême, ii est extrême aussi. Les résolutions prouvent de la réserve Et de la liberté que le cœur se conserve : Sans trêve les amans soupirent, sont jaloux; Ils n'ont point de repos.

CÉPHISE

Oui, mais les amans fous.

Depuis qu'on a conçu tant de mélancolie, Et qu'on l'appelle amour, je l'appelle folie. Ma peine est supportable , et le plaisir d'aimer Modère de ce cœur le mal le plus amer. Pour fléchir toutefois cet esprit insensible, Il le faut avouer, je ferois l'impossible , Mais sans lui témoigner ces furieux transports Qui joignent seulement la honte à nos efforts.

FILANDIIE.

Si tu veux m'assister

GléPHISE.

^h bien?

Sois assurée Que je te puis servir aux dépens de Nérée.

CipHiSE.

Importunant ton frère?

FILAlfDÏtE.

Et faisant plus encor.

Il n'est pas malaisé d'aveugler Célid[^: C'est un esprit jaloux; et le moindiW[rtifice Obtient lin prompt effet ou préside ce vice.

536 LE FILA.NDRE,

Laisse-moi seulement tramer ce que je veux; Je porterai son cœur à recevoir tes vœux.

CiPHISE.

Si j'obtiens de tes soins cet effet désirable, Filandre, heureux ami, que tu m'es favorable! Que puis-je pour ton bien, et quelle invention Tenterai-je en faveur de ton affection?

Par des moyens pareils , par de mêmes services , Tu peux faire à mes maux succéder les délices. Peins Thimante inconstant aux beaux yeux de ta w\jiX% Arrache-lui sçs vœux s'il en est possesseur ; Fais, mais subtilement, juger à cette belle. Que tes yeux ont blessé cet esprit infidèle , Que ta grâce a charmé ce malheureux amant, Et qu'il te fait par moi découvrir son tourment. Tes soins me changeront cette belle inhumaine, Tu feras de Thimante un objet de sa haine : J'aurai trahi mon frère , et tu ip'auras rendu Par un office égal ce que tu m'auras dû.

Oui, mais trahir ma sœur! O frivole pensée!

Le ciel me l'a permis quand un dieu m'a blessée :

Aux esprits amoureux ces crimes sont remis ,

Et chacun se doit plus qu'à ses. meilleurs amis.

Donc ne différons plus ce dessein nécessaire,

Et trompons à l'envi, moi ma sœur, toi ton frère;

Tirons de leurs ennuis notre contentement.

Mais qu'allons-nous tenter, peut-être vainement? /

Êk FILANDRE.

Les résolutions ^généreuse Céphise,

Font plus de la moitié d'une haute entreprise.

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