‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 39 sur 428 · AGIS, ALCMÈNE · texte numérisé non relu

AGIS, ALCMÈNE

AGIS

0 maison désolée! ô perte déplorable!

Crédule Déjanire! et Nesse détestable!

ALCMÈNE

Quel tourment viens-tu joindre à mes autres douleurs? Et quel nouveau malheur me demande des pleurs ?

AGIS

Déjanire à nos yeux , malgré notre défense , D'un ruisseau de son sang a lavé son offense.

ALGMÈITE.

Son supplice étoit juste , et mon œil ne peut pas Refuser toutefois des pleurs à son trépas. Puisque tu fus présent à la fin de sa vie , Dis-moi de quelle sorte elle se Test ravie.

AGIS

Quand elle a su par nous Taccident malheureux Qui sur Alcide exerce un mal si rigoureux, Cette femme aussitôt, furieuse, enragée.

De cent coups inhumains a sa face outragée ; Et ses yeux pleins de feu , vers les astres portés , Ont grossi d'un torrent de pleurs qu'elle a jetés. « Comment , a-t-elle dit , quand il cesse de vivre , h résiste aux assauts que la douleur me livre !

Que tarde, malheureuse, un généreux effort,.

De venger son injure et réparer sa naort? »

Là, plus vite qu'un cerf qui court d'un pas agile ^

Poursuivi des chasseurs, se chercher un asile.

Elle s'est retirée aux vallons d'alentour,

Non pour se conserver , mais pour perdre le jour..

Nous la suivons en vain, et dès notre venue.

Elle avoit le poignard contre sa gorge nue;

Luscinde à deux genoux, pleurant, joignant les hras^

De loin la conjuroit de ne s'outrager pas^

Et j'allois la saisir, lorsque cette cruelle

A porté dans son sein la blessure mortelle;

Sur les fleurs d'alentour le sang en a jailli.

Ses yeux se sont troublés et son teint est pâli;

Elle a fini sa vie avec cette parole :

« Agis, m'a-t-elle dit, un seul point me console;

J'ai sans intention tramé cet accident ,

Et mon dessein fut moins criminel qu'imprudent;

Par le linge fatal imbu du sang de Nesse

J'espérois seulement l'effet de sa promesse,

Et croyois que ce sang, mortel à ce héros.

Me dût rendre ses vœux sans troubler mon repos»»

La , cette triste reine en mes bras étendue ,

Par un dernier soupir , a son âme rendue.

ALCMÈNE

Ainsi y par le pouvoir d'un aveugle destin. Tous les plaisirs du soir sont détruits le matin ; Ainsi de nos grandeurs la fortune se joue. Et sans qu'Alcide même ait pu clouer sa roue.

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