AGIS, ALCMÈNE
AGIS
0 maison désolée! ô perte déplorable!
Crédule Déjanire! et Nesse détestable!
ALCMÈNE
Quel tourment viens-tu joindre à mes autres douleurs? Et quel nouveau malheur me demande des pleurs ?
AGIS
Déjanire à nos yeux , malgré notre défense , D'un ruisseau de son sang a lavé son offense.
ALGMÈITE.
Son supplice étoit juste , et mon œil ne peut pas Refuser toutefois des pleurs à son trépas. Puisque tu fus présent à la fin de sa vie , Dis-moi de quelle sorte elle se Test ravie.
AGIS
Quand elle a su par nous Taccident malheureux Qui sur Alcide exerce un mal si rigoureux, Cette femme aussitôt, furieuse, enragée.
De cent coups inhumains a sa face outragée ; Et ses yeux pleins de feu , vers les astres portés , Ont grossi d'un torrent de pleurs qu'elle a jetés. « Comment , a-t-elle dit , quand il cesse de vivre , h résiste aux assauts que la douleur me livre !
Que tarde, malheureuse, un généreux effort,.
De venger son injure et réparer sa naort? »
Là, plus vite qu'un cerf qui court d'un pas agile ^
Poursuivi des chasseurs, se chercher un asile.
Elle s'est retirée aux vallons d'alentour,
Non pour se conserver , mais pour perdre le jour..
Nous la suivons en vain, et dès notre venue.
Elle avoit le poignard contre sa gorge nue;
Luscinde à deux genoux, pleurant, joignant les hras^
De loin la conjuroit de ne s'outrager pas^
Et j'allois la saisir, lorsque cette cruelle
A porté dans son sein la blessure mortelle;
Sur les fleurs d'alentour le sang en a jailli.
Ses yeux se sont troublés et son teint est pâli;
Elle a fini sa vie avec cette parole :
« Agis, m'a-t-elle dit, un seul point me console;
J'ai sans intention tramé cet accident ,
Et mon dessein fut moins criminel qu'imprudent;
Par le linge fatal imbu du sang de Nesse
J'espérois seulement l'effet de sa promesse,
Et croyois que ce sang, mortel à ce héros.
Me dût rendre ses vœux sans troubler mon repos»»
La , cette triste reine en mes bras étendue ,
Par un dernier soupir , a son âme rendue.
ALCMÈNE
Ainsi y par le pouvoir d'un aveugle destin. Tous les plaisirs du soir sont détruits le matin ; Ainsi de nos grandeurs la fortune se joue. Et sans qu'Alcide même ait pu clouer sa roue.