SCÈNE IL
Quel accident étrange Porte si lâchement vos deux esprits au change ? Que t'a fait Célidor, et de quel traitement As-tu pu rebuter ce malheureux amant?
Que me dis-tu, Filandre?
flLAICDRÈ.
A-t-il à tes merveilles Trouvé des qualités et des grâces pareilles? A-t-il en ses dicours , ou dans quelque action , Manqué de courtoisie ou de discrétion?
Il £R RG.
Qu'est-ce que tu me dis?
Son respect et sa flârtime
Étoient-ils ou suspects ou capables de blâme?
Tes yeux n' étoient-ils pas les vainqueurs absolus
De ce cœur inconstant qu'ils ne possèdent plus ?
ICÉRIÊE.
Éclaircis là-dessus ma croyance incertaiae.
Que ton discours me cause une ennuyeuse peine!
FILANBRE.
Un jesprit moins subtil te croiroit, à te voir Quand tu feins d'ignorer ce que je veux savoir. Ton cœur ne peut fier ce discours à ta bouche : Tu n'oses témoigner que ce malheur te touche; Et, connoissant ta faute et ta légèreté, Tu veux à ton regret joindre la vanité.
ITEREE.
Parle plus clairement.
Que tu fais l'ignorante!
As-tu pour Célidor une âme indifférente? Cruelle, trouvois-tu son service ennuyeux, Et ne plut-il jamais à tes superbes yeux?
NIÉRÉE.
Que tu me fais languir ! Au nom d'Amour , Filandre , Apprends-moi là-dessus ce que j'en puis entendre. J'ignore le sujet des discours que tu fais : Crois ce que je te dis, ou ne me crois jamais.
Peux-tu , dissimulée , ignorer que Céphise De ton perfide amant captiva la franchise ?
NÉRÉE
O dieux! que me dis-tu?
Comment y tu n'en sais rien ?
Tu n'as pas de ton crime autorisé le sien ?