ACTE II, SCÈNE II
Achève , je te prie.
En cette même place , (cMon frère, m'a-t-il dit^ j'implore ici ta grâce, Je perds sans ta faveur la lumière du jour ; Sers le plus malheureux, des prisonniers d'Amour. » « Quoi ! me suis-je écrié , l'infidèle Nérée A-t-elle de tes feux sa flamme séparée ? D'autres ont«ils atteint cet objet amoureux ? » « Plût au ciel! m'a-t-il dit, je m'emploîrois pour eux, Céphise est la beauté dont mon ân^e est ravie ; Va faire à cette belle une offre de ma vie. Ne m'interroge point dessus ce changement; Dans peu tu sauras tout : parle-lui seulement. » Il eût continué, mais, t'ayant aperçue.
Cet infidèle amant s'est soustrait à ma vue, Et j'attendois de toi cette confession Que tu n'oses fier à ma discrétion.
Dis-moi tout.
^ L'innocent qu'on accuse d'un crime,
{Intendant de sa mort l'arrêt illégitime ^ A moins d'étonnement et de confusion Que ce cœur n'en ressent en cette occasion. I^e traître aime Céphise! et ce lâche homicide Est capable une fois du titre de perfide ! . Il gouvemoit mon cœur par des hommages feints Y Ce tyran de mes vœux attiroit mes desseins! J'immolois des soupirs à cet esprit volage. Et ma lâche raison chérissoit son servage ! Tu m'obliges , Filandre , et cet heureux avis
55o LE FILANDRE,
Dégagera mes sens sous ses lois asservis. Il est vrai, je l'aimois , et ma fureur extrême Rendroit un moindre esprit dangereux à soi-même: Ce sensible mépris armeroit des humains, Contre leurs propres jours, les plus timides mains. Mais j'ai l'esprit plus fort, çt partout cette rage Est capable de tout, sipon en mPQ courage. Un généreux, dessein peut vaincre cejs douleurs , Et je suis préparée à de pires malheurs. ,
Si je vois cet ingrat, et que sa repentance  sa rémission invite ta constance
ITEREE.
C'est beaucoup qu'une fois il ait pu m'enflammer : Qu'il aime cette belle, ou qu'il cesse d'aimer.
Si, Tœil mouillé de pleurs, il implore ta grâce
NÉRÉE
Je croirai ton conseil : que faut-il que je fasse?
Il la doit obtenir de ton affection :
Mais qu'un peu de froideur soit sa punition.
NÉREE, aç^ec colère.
Qu'il suive tes avis, et qu'en cette espérance
11 tente mon ardeur et ma persévérance;
Et dans ce changement, par mes justes mépris,
Apprends l'art de punir de volages esprits.
Les visibles effets d'une peine infinie,
La voix de tout le monde en sa faveur unie ,