SCÈNE VI
FILANDRE, CÉPHISE, CÉLIDOR.
ciPHiSE, à Filandre.
Il nous voit , avançons.
CELIDOR, à vart.
J'espère par ces gens éclaircir mes soupçons. Mais pour les écouter, avant que de paroître, Cachons-nous un moment à l'ombre de ce hêtre.
FILAI^DRE
Il se cache à nos yeux , et cette occasion
Nous servira, Céphise, à sa confusion.
Parle-moi de Nérée et de 9in inconstance ,
Et crois qu'il nous écoute. Approchons-nous , commence.
ciÉPHiSE, haut.
O dieux! que me dis-tu?
Je dis la vérité.
CÉPHISE
Et tu sais de sa voix son infidélité?
Ecoute : je faisois au récit de mes peines Répondre les échos des bois et des fontaines; Et ces rochers, touchés des douleurs que je s^ens, Imitoient mes soupirs et mes derniers accens : Je louois de ta sœur la beauté sans pareille. Quand une voix plaintive arrive à mon oreille :
a Filandre, ai-je entendu? Théane a des appas, Mais ton œil en a vu qui ne leur cèdent pas. » Moi, surpris à ces mots, et la vue égarée, J'avance dans le bois et j'aperçois Nérée.
ClSPHISE.
Que lui répondîs-tu?
filAirDttE
Que je tenais ses yeux Entre lés doux vainqueurs qui régnent en ces lieux; Que j'aimois sa vertu ; que son mérite extrême Pourroit prétendre un prix avec Théane méme^ Que mon frère éprouvoit la force de ses traits
CiPHISE.
Et que dit-elle?.
Attends , tu le saurais après.
Mais, ajoutai-je alors, mon amour me convie A soutenir Théane aux dépens de ma vie : J'estime que toi^t cède à ses doux ornemens. Cette croyance est lihre aux esprits des amans. « Il est vrai , me dit-elle , et je puis sans offense Avoir en ta faveur une égale croyance. Je crois que tes attraits sont les plus doux vainqueurs Qui servent à l'Amour à captiver les cœurs, Et je te viens enfin, toute honte bannie. Avouer les effets de leur force infinie. Mon œil t'en a parlé; mais tu ne l'entends poitit, Et ton aveuglement à mon malheur est joint. Jai, pour te faire mieux savoir mon infortune, Souffert de Célidor la recherche importune : Je recevois ses vœux, je l'ai vu sans mépris;