Tome IL
S6a LE FILANDRE,
Et tu m'aurois vendu ce mot trop chèrement. Quoi! tu vois sous ce fer ma gorge découverte, Et ne détournes pas le dessein de ma perte ?
( Elle jette l'épée.)
ciÊLiDOR, reprenant son épée.
Pour attenter sur toi ton esprit est trop sain , Et je sais que tes mains ont trop peu de dessein. Je connois trop Céphise , et son humeur joyeuse Se rit des mouvemens d^une âme furieuse. Mais juge de mes maux par cette extrémité : Tu sais mourir par feinte, et moi par vérité. Céphise, 'par ce coup je punis le coupable. Dont le mal que tu sens rend la mort équitable. Vois périr d'un œil sec l'auteur de ton tourment, Et ne détourne point son juste châtiments
(Céphise le regardait en riant, il remet son ëpee.)
Il est plus à propos d'imiter ta sagesse :
Ton exemple s'oppose au dessein qui me presse ;
Le ciel ne consent pas à cet acte inhumain ;
Et puis ^es maux feront ce qu'auroit fait ma main.
cÉFHisE y riant.
Un plus simple eût suivi les conseils de la rage, Que j'appelle sottise , et les autres courage. Je t'attends, Célidor, au temps qui t'est prescrit : Le mépris et Famour changeront ton esprit. Songe à ma récompense; et, de quoi que je rie, Ne tiens pas pour un jeu ma triste rêverie. Je sens pour ton sujet de véritables feux.
CiLIDOR.
C'est inutilement; éteins-les si tu peux.
FIN DU DEUXIÈME ACTE