SCÈNE PREMIÈRE
THÉANE seule.
Aveugles tyrans de mes jours, Pressans transports, lâches amours;
Honteuse inquiétude, Que vous naissez hors de saison I L'auteur de cette servitude Oïl languit enfin ma raison Fait cesser mon ingratitude , Pour commencer sa trahison.
J'ai long-temps sondé son respect :
Son service m' étoit suspect.
Par sa peine infinie Mon cœur n'étoit point adouci ; Et quand ma rigueur est bannie^ Et que j'ai part en son souci, Cet esprit inconstant me nie Ce que je lui niois aussi.
Les regards d'un œil plus charmant Attirent ce perfide amant.
Quand il n'est plus en doute
Que sa prison plaise , il en sort :
Il se tait alors qu'on l'écoute ; Il se lasse au dernier effort, ' Et se jette en une autre route Quand on lui présente le port.
Que l'inévitable destin
Qui régit nos jours est mutin!
Aventure fatale!
Le sort, de libre que j'étois.
Me fait la honteuse rivale D'une qui m'a parlé cent fois D'aimer cette âme déloyale Qui me tient enfin sous ses lois.
O frivole discours! tu pourrois, lâche amante. Conserver tes desseins en faveur de Thimante ! Tu souffres pour un traître alors qu'il est content ! Il te plaît infidèle, et t'a déplu constant! Au moment de son crime il fait naître ta peine , Et tire ton amour du sujet de sa haine ! Indigne passion de ce superbe cœur Où l'on vit si long-temps présider la rigueur, Qui fut inaccessible au bel œil qui le blesse , Et faillit par constance autant que par foiblesse ! Ne délibère plus, triste source d'ennuis; Force l'état honteux oîi tes jours sont réduits. Ta raison peut dompter un dessein inutile , Puisque des maux naissans le remède est facile. Crains l'abord de Thimante, évite ses appas. Le voilà l'inconstant : fuis , cours , ne l'attends pas.