‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 42 sur 428 · ACTE V, SCÈNE I. G · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I. G

Elle rompt ses cheveux, déchire son visage, Pousse des cris au ciel, meurtrit son sein de coups, Et plus qae ce héros se fait plaindre de tous. « Réprimez , lui dit-il , cette douleur cruelle; Vous otez à ma mort la qualité de belle : Voulez-vous de vos pleurs obscurcir mon renom , Et rendre mon trépas agréable à Junon ? » Là, de ses propres mains la flamme est allumée, L'air noircit alentour d'une épaisse fumée ; Et Ton voit aussitôt un tel embrasement , Que la flamme atteignit jusqu'à son élément. Si proche de sa fin, l'œil riant, la voix, saine, «Quoi! vous pleurez, dit-il en s'approchantd'Alcmène; Vous plaignez mon destin quand mon père m'attend ? Vous vivrez affligée , et je meurs si content , Ma mère!.. >» achevoit-il : elle, à ce nom de mère, De nouveau s'abandonne à sa douleur amère, Crie, accuse le ciel, nomme les dieux jaloux. Et va tomber pâmée à quelques pas de nous. C'est là que la constance eut d'inutiles armes; Cest là qu'il soupira, son œil versa des larmes : 11 cessa d'être Alcide en ce moment fatal , Et plaignit les regrets dont on plaignoit son mal. Mais que cette douleur fiit bientôt consolée , Et quHl rétablit tôt sa constance ébranlée ! < Fidèle compagnon , dit-il en m'embrassant , tttiime la couleur de ton teint languissant ; Et, si tu fus toujours conforme à mon envie , Hc pleure point la mort dont j'achète la vie ; W^mplis seulement l'arrêt qui t'est prescrit , & lais que sur ma tombe Arcas rende l'esprit. » ^ ces mots , le teint doux , l'œil gai , la face ouverte ^

Il nous embrasse tous , et tous pleurent sa perte ; Il paroît seul content, et, riant de nos pleurs, Entre dans ce bûcher comme en un lit de iSeurs. Jamais roi triomphant , environné de palme , .Ne parut en son char plus joyeux ni plus calme; Son esprit toujours sain ne fut point altéré , Mais presque en un moment son corps fut dévoré,

LtrSGIITDE.

O résolution digne de son courage!

PHILOCTÈTE

La fumée aussitôt forme un épais nuage ;

Un tonnerre éclatant retentit dans les airs ,

Et le ciel s'entrouvrit au milieu des éclairs;

Sa mère en ce tombeau fit enfermer sa cendre,

Et montra pour sa perte un courage si tendre ,

Qu'à voir ses actions tous les cœurs interdits

Plaignoiènt également et la mère et le fils.

Mais elle vient ici : vois qu'elle est affligée!

Que son geste est confus! et comme ell^ est changée!

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