Tome II
Vous vouiez qu'un captif échappé de ses fers De soi-même s'expose aux maux qu'il a soufTerts.
ORAITTE.
Je commence à vous voir, et vous n'avez qu'à' peine
Cessé de respirer le doux air de la Seine ,
Vous arrivez^ ma fille, en cet heureux séjour,
Et vous pouvez déjà me parler du retour!
Non, si ce lieu vous plaît, n'en habitez point d'autre,
Et prolongez mon bien en prolongeant le vôtre.
Mon inclination secondera vos vœux.
Et toujours vos parens voudront ce que je veux.
Ce lieu, comme Paris, a toutes ses délices;
La cour n'a rien de plus que des soins et des vices, '
Il fournit aux cTsprits des divertissemens;
On y voit des beautés , on y voit des amans ;
On entend comme ailleurs des plaintes de leurs bouches ;
Et rien n'est insensible en ces bois que les souches.
Entre eux un jeune amant vous plaira dessus tous.
Car son hun^eur est telle, et son esprit si doux,
Que si vous n'enviez l'honneur de sa maîtresse,
Il est bien malaisé qu'un autre objet vous blesse.
Pourquoi rougissez-vous?
FLORATTTE. '
Ce défaut indécent Paroît sans mon aveu sur ce front innocent. Je rougis , quoi qu'on die et quoi qu'on me propose , Sans en pouvoir moi-même imaginer )a cause.
CRANTE
Vous la savez pourtant; c'est que jusqu'à ce jour On ne vous a parlé ni d'amant ni d'amour: Vous ignorez ces noms, et, dans cette innocence, Le discours que je fais vous trouble et vous offense.