‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 53 sur 428 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

>» Rien ne me plaît que tes appas.

» Tu partages ma flamme; > Partage mon humeur aussi,

» Et vis comme je fais ici.

x> Filandre.»

A-t-il bien exprimé la douleur qui le presse ? Et sait-il bien toucher le cœur d'une maîtresse ?

FLORANTE.

Si bien que ce perfide est le seul qui lui platt , Et qu'elle l'aime encor, to\it volage qu'il est. Tous les jours ses écrits lui font verser des larmes, Et l'ingrat porte ailleurs son amour et ses charmes.

CRANTE

Vous savez donc son nom?

FLORANTE.

Vous le savez aussi.

Las! je n'ai point dessein de cacher mon souci: Je vous dois confesser le mal qui me possède; Je sais qu'il faut parler pour trouver du remède j Et c'est l'intention de ce cœur désolé. Je ne me taisois pas , mes yeux vous ont parlé. Mon mal a sur mon front* écrit sa violence ; Vous ne pouvez qu'à tort condamner mon silence. Il est vrai que Filandre a ce cœur enflammé : l'aime , je le confesse : eh ! qui n'a pas aimé? Tai résisté long-temps à cette ardeur secrète y Et mon intention n'a pas fait ma défaite. La force du vainqueur excuse le vaincu. le connois maintenant l'erreur où j'ai vécu r le croyois que l'amour n'étoit qu'une chimère Que l'esprit se forgeoit pour se laisser défaire^ Que l'être de ce dieu consistoit en portraits ;

86 LÀ CÉLIMÉlirE,

Je né craignoU tlors oi aou arc ni ses traits « Et, lorsque je voyoia mes compagnes atteintes, Je blâmois leurs soupirs et j'tccusois leurs plaintes. Mais j'ignorois le mal qui m'^toit destiné* J'autorise à présent ee que j'ai condamné. Je crois qu'on me doit plaindre, et que , sans injustice ^ La plus froide ne peut accuser mon caprice. Dieux! combien je perdrois en perdant ces écrits! Qui vous les a bailles , et qui me les a pris ?

ORAITTE.

Moi-même en vos habits quand vous fûtes couchée; Et c'est où j'ai connu qu'Amour vous a touchée. Certes je fais état de votre élection; On ne peut condamner cette inclination.

Filandre est d'une humeur et d'un esprit aimable , Et sa condition à la vôtre *est sortable. Il mérite beaucoup; mais, en peu de discours. Contez-moi de vos vœux la naissance et le cours.

En un bal dont Tirsis honoroit Lisimène t Je vis et j'admirai cet auteur de ma peine : Il me plut, je dis tout, et je ne pourrois pas Compter ses complimens ni figurer ses pas. Son adresse à danser n^avoit point de seconde ^ Et sa grâce atttroit les yeux de tout le monde; Il remplissoit les cceurs d'aise et d'étonnement , Et tout l'honneur du bal fut pour lui seulement. L'Amour fît naître en lui des ardeurs mutuelles: Il quitta pour le mien l'entretien des plus belles. Je sais bien qu'il m'aimoit , et , sans présomption , Je m'assurai depuis, de son afifection.

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