FILANDRE, ORANTE
Qu'on voit changer souvent
L'état de notre vie!
Toujours de quelque vent
Sa bonace est suivie, Et Ton voit rarement le soir et le matin Dépendre d'un même destin.
Je suis heureux un jour.
L'autre je suis en peine ;
J'ai donné de l'amour ,
Je donne de la haine.
Florante m'adoroit , je Tadorois aussi ;
Mais j'aime, et l'on me hait ici.
Doux, ennuia toutefois, €t bienheureuse haine, Si je touche à la fin le cœur de Gélimènel La peine et les efforts de l'acquisition Sont un doux souvenir en la posaessîixi. •
88 LA CÉLÏMENE,
ORANTE, Vabordant.
Qui te rend si pensif?
FIXiAIfBRE.
Un ingrate maîtresse*
ORAITTE.
Etouffe tes soupirs et bannis ta tristesse : Tout succède à tes vœux.
O dieux! qu'ai-je enten
ORANTE
Et Ton veut t'accorder le bonheur qui t'est dû. Ta maîtresse aujourd'hui favorise ta flamme.
Que j'ai d'impatience! avez-vous vu ma dame?
GEANTE.
Oui , j'ai vu plus encore. •.
Et quoi?
CRANTE
Certains écrits Qu'elle tenoit bien chers, et qui m'ont tout appris. O le charmant esprit que celui de Filandre ! Qui ne lui céderoit? qui pourroit s'en défendre? Combien cette beauté montre de jugement En l'acquisition d'un si parfait amant!
Epargnez mes ennuis , heureuse et sage Orante ; Je suis trop àssnré de sa haine apparente : Elle rit de mes vœux , la superbe qu'elle est, Et soji propre mérite est tout ce qui lui plaît.