SCÈNE PREMIÈRE
CÉLIMÈNE, suivie cTALIDOR, qui V entend
sans se montrer h elle.
CJÉLIMÈNE.
Li'xK est fait , ma raison est lasse
De tenir contre tant de grâce ; Mon courage est trop faible , il ne me peut aider, £t le dieu des amans m'a tiré la plus forte •
De toutes les flèches qu'il porte.
Hé bien , Amour y il fkut céder.
▲LtDOR, h part.
Dieux! est-ce en ma faveur qu^elle tient ce discours? Puis-je , après tant de maux , espérer du secours ?
Çnfintot ou tard ce dieu touche
£t la facile et la farouche :
On peut craindre son mal , on le peut retarder. Mais d^être toujonrs froide et dans l'indifférence ^
C'est une frivole espérance.
Hé bien ^ Aînour , il faut céder.
ii6
LA CELIMENE.
XLijyoR^ a part.
Amant le plus heureux qui soit en l'univers! Ce discours favorable est l'effet de tes vers.
CIÊLIMÈNE.
En vain notre cœur prend les armes
Contre d'inévitables charmes, ^
Il se rend à celui qui le doit posséder ; Et l'orgueilleux qu'il est blâme après sa défaite
La résistance qu'il a faite.
Hé bien , Amour , il faut céder.
Ai^iDOR^ àpart.
Enfin le ciel me rit » mes vœux sont approuvés , Et sa main favorable a mes vers achevés.
CiLIMÈWE.
Toutes nos défaites sont vaines ,
Et tes loix sont si souveraines , Qu'on voit même des dieux forcés de les garder. Il n'est âme si dure et si pleine de glace
Où tes flammes ne trouvent place.
Hé bien, Amour , il faut céder AiiiBOR , t abordant. Abordons-la sans crainte. Obligé désormais A vous offrir des vœux si je le fis jamais , Que je baise à genoux cette main favorable Qui vient de relever l'espoir d'un misérable. Donc ces beaux yeux sont las de me voir soupirer? Donc il m'est ordonné de vivre et d'espérer , Et, comme un doux vainqueur conserve sa conquête', Vous aurez diverti la mort qui m'étoit prête ? Oui , je vis , et j'espère un destin plus humain , Puisqu'il faut obéira cette belle main. •