‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 121 sur 437 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Que si le plus grand roi devoit à vos exploits

L'honneur de sa couronne et Tappui de ses lois ;

L'amour ne se peut taire , et ses moindres atteintes

En un moindre courage exciteroient des plaintes;

Un autre aussi sensible , et moins ferme que vous,

Me solliciteroit d'un traitement plus doux;

Il me qualLieroit du titre d'inhumaine.

Et par tous ces moyens il accroîtroit sa peine.

Pour moi je trouve Tart de cacher son tourment,

Utile et glorieux à l'esprit d'un amant ,

Et j'accordcrois plus à votre indifférence

Qu a des afections d'une extrême apparence.

Faites votr^ profit de semblable leçon ,

Et n'espérez pourtant que de bonne façon.

Elle vous peut gagner Philis ou Dorimène ;

Mais pour loucher mon cœur toute science est vaine. ,

CÉLIAIfDRE.

le crois que, conservant des sentimens si vains,

Vous me mettrez au point de douter si je feins :

Sans m'en apercevoir peut-être je vous aime,

Et vous connoissez mieux mon esprit que moi-même :

Mais cette affection m'incommode si peu,

Que je ne puis qu'à tort me plaindre de ce feu.

CLORINDE

Si je suis si superbe et que je vous déplaise , Cherchez un entretien moins contraire à votre aise ; Quittez ce lâche soin de suivre ainsi mes pas, Et passez quand je passe , et ne m'arrêtez pas.

GÉLIANDRE.

Nommez cette rencontre ou dessein ou fortune. Mais si c'est une offense ^ elle vous est commune , Tome IIL la

1^8 CLORINDE

Et vous blâmez à tort mon importunité Où je rencontre en vous la m^me qualité; Mandez-moi . si ma vue à ce point vous ennuie, Où vous portez vos pas, afin que je les fuie; Ou si je me rencontre où vous deviez aller, Portons la vue ailleurs, et passons sans parler. Je consens, si je souffre, à souffrir sans le dire.

€LORIND£.

C'est mon intention.

Et ce que je désire.

Adieu ; chez la beauté qui charme mes esprits , Je vais tout ce matin rire de vos mépris; Là, je veux, languissant dessus sa belle bouche, Comparer ses bontés à votre humeur farouche , Et parmi ses baisers douter si dans les cieux Ce que sert Ganimède est plus délicieux. Jugez de mon bonheur au nom de Dorimène.

GLOBIirDE.

Quittez-moi , s'il est tel , avecque moins de peine. Que faites- vous ici? *

CELIANBRE.

Je n'ai tant arrêté Que pour entendre encor ce trait de vanité. Adieu.

( U entre chez Dorimène. )

CLoniJX DE seule.

Vivez heureux. Il entre le perfide !

Un plus perfide objet sur son âme préside : Dorimène à la fin m'ôte par ses avis Cet aimable vainqueur dont mes sens sont ravis :

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