ACTE II, SCÈNE V
Qui te fit en naissant capable de Tainier, Et ne t'a pas doimé ce qui peut la charmer. Toucheras-tu ses yeux, ces tyrans de ton aise, Et leur seras-tu cher pourvu que je leur plaise!^ Nous-mêmes nous devons traiter nos passions ; Je ne te charge point de ces commissions ; Tu ne peux par tes soins divertir ma ruine , Ni charmer Céliandre avec ta bonne mine ; Tes vertus ne sauroient réparer mes défauts ; Il ne s^enquétera que de ce que je vaux : En ces élections, d'une importance extrême, Nous ne considérons que la personne même. Tout objet pour un seul- doit être indiHerent; On ne peut épouser confident ni parent.
CBLIMAIfT.
Ne voilà pas toujours ta défaite ordinaire ^ Que servent ces discours ? est-ce me satisfaire? Je ne demande pas que tu parles d'amour  ce divin soleil qui me prive du jour ; Je ne désire pas que tu charmes sa' vue De ces attraits naissans dont ta face est pourvue , Et que par ta beauté je plaise à ces beaux yeux Qui trouveront toujours mon abord ennuyeux. J'attends de ta prière , et non pas de tes charmes , Que cette ingrate au moins considère mes larmes; Et, ne la trouvant point sensible à mes douleurs, La mort , ce dernier mal , finira mes malheurs*
CLORINDE
Il n'est rien que mon soin n'épargnât pour te plaire ; Mais tu m'ôtes un temps qui m'est trop nécessaire. Tu devois différer après ma guérison
MO CLORINDE
De sentir la douleur qui trouble ta raison ;
Car toi souffrir pour elle , et moi pour Céliandre ,
£t faire pour tous deux c'est beaucoup entreprendre.
Quelques mots toutefois portés bien à propos
Te feront, si je puis, espérer du repos ;
Mais je n'ose assurer que je te sois utile.
Si tu connois Lisante^ elle est bien difficile ;
Elle n'a point encor soupiré dans les fers ,
Ni ressenti les feux du tyran que tu sers :
Ce vainqueur toutefois sur les plus résolues.
Par la suite du temps, rend ses lois absolues;
Nous verrons tôt ou tard son esprit engagé.
Mais que je tarde! Adieu, tu m'es bien obligé»
C^LIBfAITT.
Fais-moi cette faveur .si long-temps espérée : Ma vie est en tes mains..
GLORIliDE.
Elle est mal assurée.
(A part.)
Adieu Mais Céliandre adresse ici ses pas.
Le faut'-il aborder? Lâche , ne le fais pas«
(A Celimant.)
.Mon frère, encore un mot.
CJÉLIMAIÏT.
Ces paroles sans suite Prouvent l'excès d^amou^ où ton âme est réduite. Qu'est-ce que tu me dis?
(Cëlimant revient et Clorinde lui pari» long-temps à l'oreille» tandis que Céliandre passe. )
CLORINDE
Je te fais le discours r Tu me troubles , adieu ; j'en ai perdu le cours.
(Elle sort.)