‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 135 sur 437 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Qui te fit en naissant capable de Tainier, Et ne t'a pas doimé ce qui peut la charmer. Toucheras-tu ses yeux, ces tyrans de ton aise, Et leur seras-tu cher pourvu que je leur plaise!^ Nous-mêmes nous devons traiter nos passions ; Je ne te charge point de ces commissions ; Tu ne peux par tes soins divertir ma ruine , Ni charmer Céliandre avec ta bonne mine ; Tes vertus ne sauroient réparer mes défauts ; Il ne s^enquétera que de ce que je vaux : En ces élections, d'une importance extrême, Nous ne considérons que la personne même. Tout objet pour un seul- doit être indiHerent; On ne peut épouser confident ni parent.

CBLIMAIfT.

Ne voilà pas toujours ta défaite ordinaire ^ Que servent ces discours ? est-ce me satisfaire? Je ne demande pas que tu parles d'amour  ce divin soleil qui me prive du jour ; Je ne désire pas que tu charmes sa' vue De ces attraits naissans dont ta face est pourvue , Et que par ta beauté je plaise à ces beaux yeux Qui trouveront toujours mon abord ennuyeux. J'attends de ta prière , et non pas de tes charmes , Que cette ingrate au moins considère mes larmes; Et, ne la trouvant point sensible à mes douleurs, La mort , ce dernier mal , finira mes malheurs*

CLORINDE

Il n'est rien que mon soin n'épargnât pour te plaire ; Mais tu m'ôtes un temps qui m'est trop nécessaire. Tu devois différer après ma guérison

MO CLORINDE

De sentir la douleur qui trouble ta raison ;

Car toi souffrir pour elle , et moi pour Céliandre ,

£t faire pour tous deux c'est beaucoup entreprendre.

Quelques mots toutefois portés bien à propos

Te feront, si je puis, espérer du repos ;

Mais je n'ose assurer que je te sois utile.

Si tu connois Lisante^ elle est bien difficile ;

Elle n'a point encor soupiré dans les fers ,

Ni ressenti les feux du tyran que tu sers :

Ce vainqueur toutefois sur les plus résolues.

Par la suite du temps, rend ses lois absolues;

Nous verrons tôt ou tard son esprit engagé.

Mais que je tarde! Adieu, tu m'es bien obligé»

C^LIBfAITT.

Fais-moi cette faveur .si long-temps espérée : Ma vie est en tes mains..

GLORIliDE.

Elle est mal assurée.

(A part.)

Adieu Mais Céliandre adresse ici ses pas.

Le faut'-il aborder? Lâche , ne le fais pas«

(A Celimant.)

.Mon frère, encore un mot.

CJÉLIMAIÏT.

Ces paroles sans suite Prouvent l'excès d^amou^ où ton âme est réduite. Qu'est-ce que tu me dis?

(Cëlimant revient et Clorinde lui pari» long-temps à l'oreille» tandis que Céliandre passe. )

CLORINDE

Je te fais le discours r Tu me troubles , adieu ; j'en ai perdu le cours.

(Elle sort.)

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