SCÈNE VH
Les mêmes; CLORIWDE, LISANTE.
LISANTE.
. Céliandre, et comment? ne me voyez-vous pas?
CiLIANDRE.
Quelqu'un m'attend; adieu.
LISANTE.
Quoi ! rien pour une amante?
( CéUandre et Cëlimaiit sortent.) LISANTE.
Ah ! que son cœur dément sa froideur apparente ! Puisse sur moi Tamour établir son pouvoir S'il a rien de si cher que l'honneur de te voir. ' Voulant paroitre froid , son action confuse Et la stérilité d'un compliment Taccuse.
CLORINDE
0 signes de mon mal , plus certains que le jour, Quoi ! tu prends ses froideurs pour des signes d'amour, Et. les souris mêlés à son indifférence Ne sont pas de sa haine une claire apparence ? Ses regards dédaigneux parlent trop clairement ; Et si j'espère encor, j'espère vainement.
LISANTE, riant.
Voilà Clorinde aux champs. O dieux ! qu'elle est savante Au métier qu'elle exerce et dont elle se vante ! Ne prétendois-tu point qu'il vînt les bras liés , Et les yeux pleins de pleurs , se jeter à tes pieds ;
fko/i CLORINDE,
Et que, le cœur saisi d'un repentir extréii(ie, Il demandât pardon de ton offense même? Oh ! que je haïrois ces stupides amans , ' Que je ne puis souffrir même dans vos romans ^ Qui ne s'offensent point de mépris ni d'injures. Et préfèrent la mort au titre de parjures l
CLORINDE
Je rencontre , au dessein d'alléger mes travaux y Un cœur indifférent , et tu ris de mes maux > Sois-moi plus favorable , et t'épargne la honte De voir rire à ton tour, si cet enfant te dompte. Ne crois pas te sauver des filets qu'il nous tend : Un cœur résiste en vain ; tôt ou tard il le prend.
Crois que je puisse aimer, tiens ma prise possible ^
Et ne suppose pas que je sois invincible.
Jaimerois; mais au moins je saurois, en aimant^
Accorder mon amour et mon contentement ;
Alors que je verrois ma victoire assurée ,.
Je me contenterois à moins qu'être adorée^
Et n'aspirerois pas à cette vanité
Qu'un homme souffrît tant sans être rebuté ;
Je rendrois vœux pour vœux, hommages pour hommag;es.
Si nous valons beaucoup, l'homme a ses avantages ;
Nous avons comme lui la moitié du bonheur;
En partageant l'amour, nous partageons l'honneur ;
Et tu ne devois pas avec tant d'arrogance
Vouloir sur Céliandre établir ta puissance :
Il mérite beaucoup, ses attraits sont charmans.
Et tu conserves mal ce phénix des amans.