‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 137 sur 437 · SCÈNE VH · texte numérisé non relu

SCÈNE VH

Les mêmes; CLORIWDE, LISANTE.

LISANTE.

. Céliandre, et comment? ne me voyez-vous pas?

CiLIANDRE.

Quelqu'un m'attend; adieu.

LISANTE.

Quoi ! rien pour une amante?

( CéUandre et Cëlimaiit sortent.) LISANTE.

Ah ! que son cœur dément sa froideur apparente ! Puisse sur moi Tamour établir son pouvoir S'il a rien de si cher que l'honneur de te voir. ' Voulant paroitre froid , son action confuse Et la stérilité d'un compliment Taccuse.

CLORINDE

0 signes de mon mal , plus certains que le jour, Quoi ! tu prends ses froideurs pour des signes d'amour, Et. les souris mêlés à son indifférence Ne sont pas de sa haine une claire apparence ? Ses regards dédaigneux parlent trop clairement ; Et si j'espère encor, j'espère vainement.

LISANTE, riant.

Voilà Clorinde aux champs. O dieux ! qu'elle est savante Au métier qu'elle exerce et dont elle se vante ! Ne prétendois-tu point qu'il vînt les bras liés , Et les yeux pleins de pleurs , se jeter à tes pieds ;

fko/i CLORINDE,

Et que, le cœur saisi d'un repentir extréii(ie, Il demandât pardon de ton offense même? Oh ! que je haïrois ces stupides amans , ' Que je ne puis souffrir même dans vos romans ^ Qui ne s'offensent point de mépris ni d'injures. Et préfèrent la mort au titre de parjures l

CLORINDE

Je rencontre , au dessein d'alléger mes travaux y Un cœur indifférent , et tu ris de mes maux > Sois-moi plus favorable , et t'épargne la honte De voir rire à ton tour, si cet enfant te dompte. Ne crois pas te sauver des filets qu'il nous tend : Un cœur résiste en vain ; tôt ou tard il le prend.

Crois que je puisse aimer, tiens ma prise possible ^

Et ne suppose pas que je sois invincible.

Jaimerois; mais au moins je saurois, en aimant^

Accorder mon amour et mon contentement ;

Alors que je verrois ma victoire assurée ,.

Je me contenterois à moins qu'être adorée^

Et n'aspirerois pas à cette vanité

Qu'un homme souffrît tant sans être rebuté ;

Je rendrois vœux pour vœux, hommages pour hommag;es.

Si nous valons beaucoup, l'homme a ses avantages ;

Nous avons comme lui la moitié du bonheur;

En partageant l'amour, nous partageons l'honneur ;

Et tu ne devois pas avec tant d'arrogance

Vouloir sur Céliandre établir ta puissance :

Il mérite beaucoup, ses attraits sont charmans.

Et tu conserves mal ce phénix des amans.

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