SCÈNE PREMIÈRE
CÉLIANDRE, CLARIMOND.
GÉLIANDRE.
01 tu connoîs d'amour la passion fatale, Sais-tu quelque douleur à ma douleur égale? Quelqu'un plus malheureux relève-t-il des lois De ce tyran commun des peuples et des rois? Quel outrage du sort, quelle aveugle injustice Me jette en un moment du faîte au précipice; Et du plus fortuné de tous les amoureux En a fait le plus triste et le plus malheureux?
CLARIMOND
Ayez pour vous sauver des injures des Parques Une amante commune avecque les monarques, La Gloire, cet aimant des esprits généreux, Qui s'abandonne toute à tous ses amoureux. Puis-je voir cette main, si digne d'une épée, A tracer un poulet lâchement occupée , A nettoyer ce teint et friser ces cheveux Pour plaire davantage à l'objet de vos vœux ?
3o8 CLORINDB,
Supporte cette ardeur dont rnoo âme est toodiée ,
Qu'au dieu des combats même on n'a pas wepnxhée.
Ije ciel, dont on ne peut éviter les regards,
Soufiroit les privautés de Vénus et de Mars;
L'invincible fléau des monstres de la terre
S'est parfois relâcbé des travaux de la guerre;
On a vu des fuseaux en ses superbes mains
Qui coupèrent le fil des jours de tant d'humains.
ITas-tu point éprouvé combien l'âme est ravie
De voir sous de beaux nœuds sa franchise asservie ,
Et de vivre en l'espoir de posséder un jour
Ces merveilles du ciel et ces astres d'amour?
Sais-tu combien nous plaît un mot , une caresse.
Un regard , un soupir , un pas d'une maîtresse ?
Peut-on voir sans transport ces objets innocens
Au dessein de nous plaire accommoder leurs sens?
Rendre une extrême amour pour une amour extrême ,
Et de leur voix honteuse entendre : Je vous aime ?
Peux-tu n'adorer pas ce sexe précieux.
Ce charmeur innocent des âmes et des yeux;
Ce sexe en qui le ciel admire ses ouvrages ,
A qui souvent lui-même il offre ses hommages ^
Et qui força jadis tant de divinités
A venir dans ses mains rendre leurs libertés?
Peux-tu , le cœur si libre et plein de tant de glaces ,
Voir ces trônes vivans de vertus et de grâces ?
Et vois-tu que le ciel, sur ce bas élément.
Se soit fait de soi-même un portrait plus charmant?
Deux royaumes jadis, pour le prix d'une femme.
Ont employé dix ans et Je fer et la flamme ;