SCÈNE IL
LISANTE, CÉLIANDRE.
LISAIfTE.
Ta douleur procédant d'une ingrate maîtresse , Il faut qu'une indulgente efTace ta tristesse. Reprends ton premier teint; que ces astres jumeaux. Las de verser des pleurs, brillent de feux nouveaux. J'apporte du remède au mal qui te tourmente , Si c'est t'en apporter que t'offrir une amante.
CELIANDRE.
OfFrez-moi seulement les moyens de mourir; Par ce remède unique on peut me secourir.
LISANTE.
Quelque jeune beauté qui partageât ta flamme, De tes vains déplaisirs dclivreroit ton âme.
CÉLIAITDRE.
Son amour produiroit
LISANTE.
Achève : tes dédains.
CISLIANDRE.
Elle aimeroit*ailleurs, ou ses vœux seroient vains.
LISANTE.
Faisant tes yeux témoins d'une amour infinie Par toutes les faveurs qu'une autre te dénie , Et, Toeil mouillé de pleurs, t'adressant ces propos; ^^ C'est de toi que dépend mon bien et mon repos : »
212 CLORINDE
T'en pourroîs-tu sauver par une excuse honnête ,
Et refuserois-tu sa timide requête ?
GIÉLIAKDRE.
Cet honneur m'arrivant je ferois mon devoir; Mais j'ai plus de raison que de le concevoir.
LISANTE.
Les lois de ton devoir te soumettant aux siennes , Te feroient étouffer les flammes anciennes.
CELIANDRE.
Elles m'obligeroient à conserver ma foi , Non à qui la voudrôit, mais à qui je la doi.
LISANTE.
Mais étant de façon à ne te pas déplaire , Serois-tu, Céliandre, à ses vœux si contraire?
CELIANDRE.
Je serois insensible à ses plus doux appas: Hélène renaissant ne me charmeroit pas,
LISANTE.
Et tu ne voudrois pas ma fortune meilleure ?
CÉLIANDRE.
Las! que puis-je pour vous?
LISANTE.
Il faut donc que je meure?
Ici ma honte en vain s'oppose à mon amour : Je t*aime sur tous ceux qui respirent le jour : Mais , ô frivole ardeur qui produira ma perte , Que je sois refusée avant que découverte ! Sors , inutile feu , de ce timide sein ; Né sans élection , sois éteint par dessein ,