‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 156 sur 437 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Lea MiÊMEs; CLARIMOND.

GLARIMOICD.

Madame, que votre œil aussi fier que charmant Voie où vos cruautés ont réduit un amant. Lirez-vous sans regret ce mot que Céliandre , Au point de son départ^ me charge de vous rendre?

CLOBINDE.

Quoi , son indifférence est de si peu de temps ?

( Célimant lort de chez Lisante. )

0 dieux ! combien je hais ces esprits inconstans ! il a pris toutefois le vrai temps de m'écrire : h manquois d^entretien et de sujet de rtre.

( Elle lit. )

« Trônes mouvans de l'inconstance »

Voilà bien commencé, ce terme est d'importance, tf Beaux soleils , astres inhumains, ]i Puisqu'il faut souffrir vos dédains , }) Ou les rigueurs de votre absence ; » Près de priver mes yeux de vos douces clartés , » Je rends à vos attraits ce dernier témoignage : » Si je cesse d'aimer vos divines beautés, i> La mort finira mon servage.

» Un excès d'ainour et de^ rage )i M'a fait imiter vos mépris ; » Mais l'ardeur dont je suis épris » Est plus forte que mon courage :

» Elle m'arrache enfin cette confession^

fl3a CLORINpE,

]» Moins pour me profiter que pour vous satisfaire , » Que rien n'est comparable à mon affection x> Que vos beautés et ma misère.

( Regardant Lisante.)

Quand part-il ?

CLARIMOITDk

Dès demain.

QLORIVDF.

Et son chemin s*adresse.

OLARrMOTTD.

£n Hollande où la guerre appelle son adressée

CLORINDE

Adieu : qu'il n'aime plus ; que Mars ait tous ses vœux;^ £t qu'au sang des vaincus il éteigne ses feux.

GLARIMOKJDw

Qu'un mot en $a faveur allège au moins sa peine»

(H sort.)

CLORINDE, à part.

Au dessein qu'il a pris toute réponse est vaine j Que le ciel et le sort le comblent de plaisirs , £t rendent son bonheur égal à ses désirs!

(A Lisante)

Que dis-tu là-dessus?

Hélas ! que puîs-je dire Que tu ne ji^[es bien, voyant que je soupire? J'aime ce doux vainqueur, mes sens en sont ravis^ £t d'un triste succès mes ' desseins sont suivis. Te faisant oublier ce charmeur de. ton âme, J'espérois le résoudre à partager ma flamma:

/ ACTE IV, SCENE IIL a33

Taime, j'aime, Clorinde, et le dieu des amans A rendu ma douleur égale à tes tourmens. Par le dessein fatal que j'eus de te le rendre , Je me perdis moi-même et je me laissai prendre : A peine je le vis , que ce cœur indompté A ce roi de mes vœux rendit sa liberté. Ris de mes vanités, prépare des reproches A ce cœur que tu crus plus ferme que les roches: Un regard a forcé ces vaines* qualités, D'un trait d^œil Céliandre a mes yeux enchantés. Étouffe mon espoir , punis mes artifices , Sur ma confusion établis tes délices, Divertis le dessein de son éloignement : Je ne m'oppose plus à ton contentement ; Tu sueras satisfaite et je serai contente. Puisque la loi du sort le destine à l'amante.

CJÎLiMAKT, h part et sans être vu.

Après ce que j'entends , puis-je sans lâcheté Aimer si constamment cette ingrate beauté? D'inutiles efforts j'attaque sa franchise; Et d'autres sans dessein ont l'honneur de sa prise.

CLORiNDE , h Lisante, Quoi ! ce cœur si superbe a trouvé sa prison ?

LISANTE.

N'attends de ma foiblesse excuse ni raison. Pour te faire avouer cette ardeur insensée. Je n'estimerai point les traits qui m'ont blessée ; Je ne vanterai point la force du vainqueur : Donne le nom de tâche à ce superbe cœur. Je ne te défends point de publier mon crime ; Fais ce qu'il te plaira , ma peine est légitime.

a34 CLORINDE,

GLORINDk.

L'amour excuse tout ; mes vœux sont satisfaits Si tu me veux servir au dessein que je fais; Ta résolution égalant ton courage , Tu peux avecque moi divertir son voyage.

LISANTE.

Comment?

GLORlIfDE.

Tu le sauras ; mais un autre dessein Demande auparavant l'adresse de ta main : Change sur ce papier Clorinde en Dorimène , Et nous éprouverons à quel point elle est vaine. Hier, blâmant l'ardeur dont mon cœur est épris. Cette superbe fille en fît quelque mépris y Et je la menaçai que par toi Céliandre, Qu'elle traitoit si mal , en pourroit tout apprendre. Dessus cette croyance on peut par cet écrit Abuser aisément cet orgueilleux esprit : Les ris succéderont à sa mélancolie; Mais sa confusion naîtra de sa folie.

Dépêche, je t'attends.

LISANTE, tenant la lettre.

Je reviens de ce pas.

( Elle sort. )

ciSlimawt.

J'en serai le porteur. O plaisir plein d'appas!

Enfin le calme suit l'orage, Notre nef a vaincu la rage Des flots impétueux et des vents courroucée

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