SCÈNE VI
Les mêmes; ÉRANTE.
ÉRANTE.
Courez vite à mon père.
* DiO]?ris.
Ainsi j'aurai toujours la fortune contraire. Elle n'accorde pas à mon cruel tourment La satisfaction de parler seulement.
ÉR ANT£, donnant une lettre a Dionis.
Lis, sois secret. Adieu, j'ai deux mots à vous dire.
( Elle sort. )
LIS iD Air la suivant. Je reviens de ce pas.
' Dioyis seul.
Que me peut-elle écrire?
Elle aime Lisidan, et je n'estime pas Quelle puisse autre part engager ses appas
( Il Ut la lettre.)
a ADionis.
» Tu perds temps, Dionis , d'adorer une ingrate » Qui se rit d'amour et de toi.
a88 , AMÉLIE,
» Il faut qu'un autre esprit te flatte ; » Porte ailleurs tes vœux et ta foi.
h II n'est pas malaisé de trouver une amante D Qui te montre plus de douceur :
» Ne va pas loin , et crois qu'Érante » Est plus facile que sa sœur.
D Oublie une insensible et superbe rivale ; » Cesse de lui faire la cour, i x> Et te vante que rien n égale '
» Tes mérites et mon amour. i>
Surpris, saisi, confus après cette merveille,
Que j'ai d'occasion de douter si je veille.
Qu'Érante , un des objets les plus doux de ces lieux,
Sur un sujet si bas daigne jeter les yeux!
Au moindre des mortels présente sa franchise ,
Et mette à si haut prix ce que sa sœur méprise !
Trahisse Lisidan! Puis-je sans vanité ,
Imaginer ce mal de sa facilité?
Mais que je trouve ici son ardeur manifeste ,
Et pour n'être pas vain qu'il faut être modeste I
Pouvolt-elle exprimer en termes plus exprès
L'effet inespéré de quelques faux attraits ,
Ou de quelque vertu que l'avare nature
A mise en mon esprit seulement en peinture ?
Dieux ! m'a-t-elle estimé capable d'aimer tant
La qualité de traître et celle d'inconstant ?