ACTE V, SCENE III. 34i
Je ne dois expliquer son amour ni sa haine. Elle peut m'ordonner ou le prix ou la peine ; Qu'elle rende mes vœux ou vains oli satisfaits , £lle ne peut faillir, et ne faillit jamais. Hélas ! m'est-elle due , et la crois-tu coupable Quand elle m'ôte un bien dont je suis incapable? Les dieux , qui de leur être ont formé ses appas , Donnent souvent des biens et ne les laissent pas. Je ne l'appelle point ingrate ni parjure; Je l'acquis sans mérite, et la perds sans injure.
lÏRAWTE.
Dieux! qui ne priseroit ces respects induis!
Que loin de vous , monsieur, tous soupçons soient bannis.
Aimez-la seulement autant qu'elle vous aime :
Je viens pour vous tirer de cette peine extrême ;
Je plains votre douleur, et connois qu'en effet
Je traversois jadis un amant trop parfait.
Cet agréable objet dont ma sœur est atteinte
Est fille comme nous , et leur flamme une feinte.
Elles ont proposé ce divertissement
Pour éprouver l'ardeur d'un si fidèle amant.
LISIDAN. * '
Ranime , cher ami , ta première espérance , Et te repose en moi d'une ferme assurance : Elle t'aime toujours ; mais écoute comment J'appris ce qu'acné a cru tramer secrètement : Eraste , qui brûloit d'une si vive flamme , Nous suivant en ces lieux pour te ravir ta dame > A rencontré l'objet de son premier tourment, . Qu'il a bien reconnu sous ce faux vêtement ; Il lui baise les mains, l'honore, la caresse,
L'appelle par les noms de belle et de maîtresse^ La voit d'un œil charmé, bénit cet heureux jour ^ Et n'importune plus l'objet de ton amour : Il a même avoué que ta dame t'e$t due. Sous ces épais rameaux j'ai ça voix entendue ^ Et j'ai vu d'assez près les chastes privautés Dont il s'entretenoit avec ces deux beautés : Enfin, leur a-t*il dit /l'amour et la justice Veulent qu'à mon rival je rende un bon ofBce ; Il devra son repos au souci que je prends ; Et je vais implorer l'aveu de vos parens. Il part, et là-dessus ces filles réjouies Proposent de gausser; je les ai bien ouïes. Ayant su leur dessein je les laisse partir, Et je ne te cherchois que pour t'en avertir.
DIOI(IS.
O dieux! te dois- je croire 1
LISIDAir.
Ah! ce soupçon m'irrite.
DIOWIS.
O discours qui me charme et qui me ressuscite ! Qu'à propos , cher ami , tu me viens obliger , Et que tu m'as tiré d'un extrême danger I
ÉRÀNTE.
Monsieur, que d'une feinte une feinte vous venge : Témoignez de m'aimer et d'imiter son change ; Lors son ressentiment prouvera son amour, Et nous aurons sujet de rire à notrç tour.
LiaipAxr.
Ce dessein est plaisant.