‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 246 sur 437 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Enfin ce grand combat finit avec le jour ; Mais jamais le soleil ne fit un si long tour : Quelque heureux qu'il nous fût il me fut une année. Car je ne mangeai point de toute la journée ; Je fus du rang des moits , et la faim en effet Me fit autant mourir que le fer auroit fait. En ces mots- ^ peu près je ferai ma harangue. Certes je n'osois tant espérer de ma langue , Elle a fait son devoir en cette occasion , Et n'a rien entrepris 'à ma confusion.

Marchons donc; je m'amuse, et ma charge me presse D'aller de ce récit réjouir ma maîtresse.

MEHCURE, a part.

Prenons de sa figure et de son propre nom Le droit de le chasser de sa propre maison : Mettons feintes^ sermens et malice en usage ; Représentons ses mœurs ainsi que son visage; Battons-le de ses traits. Mais pourquoi dans les cieux D'un si fixe regard attache-t-il ses yeux?

^osiE , regardant le ciel.

Par quelle ivrognerie ou quel plaisant caprice A le dieu de la nuit oublié son office? Il semble que ces feux, cloués au firmament. Contre leur naturel n'aient plus de mouvement; Je ne vois dévaler dans leurs grottes liquides Orion ni Vesper, ni les sept Atlantides: La lune semble fixe, et jamais le soleil. Si leur cours est si lent, ne rompra son sommeil.

MERCURE, a part.

Achève, heureuse nuit, d'obéir à mon père, Et de long-temps encor ne finis ta carrière. Tqme III. ^4

SOSIE

Amans, que cette nuit vous veut favoriser!

MERCUES.

Mon père en fait l'épreuve, et sait bien ea user.

SOSIE

Autre ne fut jamais de si longue durée Qu'une où de mille coups j'eus la peau déchirée^ Où cent valets sur moi se lassèrent les bras ? La lune , pour me voir, arrêta court ses pas : De vrai, cette première étoit plus longue encore , Et je désespérois du retour de l'aurore. J'arrive enfin chez nous; entrons, nous y voici. Mais, à l'heure qu'il est, que fait cet homme ici?

MEBGURE, àpart.

Il est poltron au point où plus on le peut être.

SOSIE, à pari.

Je crains bien pour ma bourse un changement de maître.

HERCUAE, à part.

Il tremble.

SOSIE, aparté

Et je conçois, du bruit que font mes detits^ Un présage assuré de mauvais accidens. Cet homme officieux, s'étonnant que je veille, Quand si profondément tout le monde sommeille. Soigneux de mon repos plus qu^il n'en est besoin, Me va faire dormir, sans doute, à coups de poing. Combien de ce repos la crainte me travaille! Dieux! quel homme voilà! quel port et quelle taille!

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