SCÈNE IL
DARAIDE, DARINEL, HlklHZ, endormie.
Plût au ciel , Darinel , visses-tu dans mon âme Ces divers mouvemens de respect et de flamme ! Je ne puis un moment supporter ses regards , l'attache en rougissant les yeux de toutes parts. Et je dis bien souvent, en la voyant si belle: Me peut-elle souffrir? je suis indigne xl'ette : Là j'entrouvre les yeux, mais Les ferme aussitôt; Si j'ose lui parler, je manque au premier mot; Mon discours se confond , 6t souvent elle explique Ce qui , s'il est bien pris , n'a ni sens ni réplique.
DARINEL
Me puis-je déclarer et parler librement?
Je n'eus jamais d'amour où j'aimai froidement;
Mais il £ant avouer que Diane a des charmes
Contre qui la raison a d'inutiles armes ;
Je perds en la voyant , par un secret effort ,
La qualité de libre et le titre de fort ;
Je confesse mon foible , et publie à ma honte
Qu'une fille me blesse et qu'un enfant me dompte.
A ce compte j'en tiens; et tu me yeux ravir, Par l'offre de tes vœux , l'honneur de la servir.
DARIIfEL.
Non , que plutôt ma mort prévienne cette* envie ; Mes yeux en sont charmés, mon âme en est ravie ; Mais je conserve encor trop de pouvoir sur moi Pour ne vous rendre pas l'honneur que je vous dois. Je sais que la plus froide et la plus inhumaine Ne me peut opposer qu'une défense vaine ; Je sais Fart de régner sur ces jeunes esprits : Mais prenez s'il se peut , puisque vous êtes pris ; Car je n'aurai jamais ni de bonnes fortunes,. Ni de prétentions avecque vous communes : Vous ne me trouverez ni rival ni jaloux; ^ .
J'ai de l'amour pour elle , et du respect pour vous.
DÀRAÏBE.
O généreux ami , la violence extrême
Que, pour servir autrui, tu fais dessus toi-même!
Qu'ayant un tel rival j'espérois vainement!'
Je dois tout mon espoir à ton renoncement.
( Apercevant Diane. )
Mais trêve à ce discours : un rayon de lumière Découvre à mes regards cette douce meurtrière. Âpprochons-en .sans bruit : un sommeil gracieux Pour m'épargner des coups a fermé ses beaux yeux. Ménage , heureux amant , à cette heure importune , La belle occasion que t'offre la fortune;
( Mettant un genou en terre. )
£t prends mille baisers sur ses divines mains, Qui tiennent enchantés les cœurs de tant d'humains. Mais que mes vœux sont purs , et que j'ai d'innocence \ Mon amour entreprend , et mon respect s'offense ; Tout en brûlant je tremble, et, prête d'approcher, Ma bouche se retire et n'ose les toucher.