ACTE II, SCÈNE IIL Sgî
Ma chaste afTectîon, loi serois-tu supecte? l)outeroit-il , hymen, combien je te respecte? Vient-il voir à quel point me touche son départ? Quelque tard qu'il arrive , il vient encore tard. J'ignore quelle fia son retour se propose ; Mais je bénis l'effet, quelle qu'en soit la cause.
AMPHITRYON , ahordant j^lcmène.
Le ciel te rie , Âlcmène , et soient bénis les dieux Dont le soin provident me ramène en ces lieux. Yiens-je aussi désiré que je te suis fidèle, Et t'es- tu conservée aussi saine que belle?
SOSIE, à part*
Le beau ravissement, et le plaisant transport Qu'elle me veut marquer par ce muet abord ! Quelle est cette surprise, et quel trouble l'agite? La porte auroit parlé depuis qu'elle médite.
AMPHITRYON
Dieux! quels sont ces mépris et ces retardemens Que ta défense apporte à nos embrassemens?
ALGMÈNE.
Mais quel dessein plutôt , ou quelle humeur vous porte
A me venir railler et jouer de la sorte?
Qui, vous oyant parler, ne croiroit qu'à ce jour
Yous faites eh ce lieu votre premier retour.
Et que vous m'apportez les premières nouvelles
De votre heureux succès et du sort des rebelles?
AMPHITRYON
Qui le croiroit ainsi ne s'abuseroit pas :
3e viens, de prendre port, j'arrive de ce pas;
Et ce baiser, payé d'une froideur si forte,
Est le premier salut que ma bouche t'apporte.
ALCHillTE.
Raillons s'il faut railler; vos plaisirs me sont doux, Et je suis obligée à souffrir tout de vous : Mais quel sujet retarde ou rompt votre voyage? Avez- vous dbservé quelque mauvais présage? Etes-vous menacé par le vol des oiseaux? Quelque soudain orage a-t-il ému les eaux? Avez-vous redouté le pouvoir de Neptune , Et laissez-vous l'armée au soin de la Fortune?
AMPHITRYON
Et quand, s'il t'en souvient, partis-je de ce lieu? Au lever du soleil vous m'avez dit adieu.
AMPHITRYON, hSo^ie.
Sosie , écoute. O dieux ! quelle est sa frénésie ?
ALCMiNE.
Je croirai là-dessus le rapport de Sosie.
Elle dort; laissons-là, nous troublons son repos: Peut-elle sans rêver nous tenir ces propos ?
ALCMÈWE.
Non , non, je vous entends , je discours et je veille : Veillant je vous ai vus.
AMPHITRYON
Quelle est cette merveille?
SOSIE
Si d'un pilote adroit nos vaisseaux gouvernés. Dormant, jusqu'en ce lieu nous avoient ainenés;