SCÈNE
Les mêmes ; JUPITER.
JUPITER
Que in'a-t-on rapporté? que veut cet insolent, Qui trouble mon repos d'un bruit si violent? Que ne parut au camp cette humeur importune Qui veut à ma valeur devoir son infortune , Qui m'offre après la paix des exploits superflus , Et m'apporte du sang quand je n'en cherche plus !
Voici, voici, Thëbains, la doute consommée: Ce seul Amphitryon commanda votre armée ; Que votre gloire en lui connoisse son auteur. L'autre est un insolent , un fourbe , un imposteur.
PREMIER GAPITAIICE.
Que voyez«>vous, mes yeux? quelle est cette merveille?
• SECOND CAPITAINE
Que voîs-je? ô Jupiter! rêvé-je, ou si je veille?
SOSIE
Que ne lui parlez-vous ? C'est lui , n'en doutez plus : Voyez qu'à son abord l'autre reste confus.
JUPITER
I^obles enfans de Mars, compagnons de ma gloire, Quel désordre nouveau trouble notre victoire? Entrez , qu'attendez-vous ? Ne m'honorez-vous pas De votre compagnie en un mauvais repas? Quelle occupation avez-vous rencontrée , Et quel séditieux retarde votre entrée?
43a LES SOSIES,
AMPHlTRTOir.
O dieux! ô Jupiter! protège mon honneur; J^implore ton secours contre ce suborneur. Et vous, chers compagnons de ma longue fortune, Avec qui j'ai la peine et la gloire commune ; Nobles chefs des Thébains , vous de qui les lauriers A Tabri de Forage ont mis tant de guerriers ; Si j'ai votre valeur si long-temps éprouvée , La guerre dure encore et n'est pas achevée , Nous n'avons combattu ni vaincu qu'à demi; Voici qu'il se présente un second ennemi : Le triomphe au vainqneur engendre une querelle, Non plus pour un Créon, non plus contre un Ptérèlej Puisqu'enfin nos mutins se sont assujettis. Mais un combat où seul je fais les deux partis. Une guerre oii pour vaincre il faut que je succombe, Où pour me soutenir le sort veut que je tombe ; Un prodige, un désordre, une confusion Où contre Amphitryon combat Amphitryon; Mais plutôt un duel que l'enfer me déclare ; En deux Amphitryons son pouvoir me sépare : J'ai des charmes à vaincre , et cet enchantement Suspend déjà vos yeux et votre jugement.
SOSIE
Ton éloquence eh vain médite une surprise ; L'autre est l'Amphitryon que chacim autorise. Il doit passer pour tel au jugement de tous , Et tu n'as plus en moi de matière à tes coups.
JUPITER, aux Capitaines^ Je crois vous faire tort si je;romps:mon silence, Pour vous désabuser sur cette ressemblance :