SCÈNE IL
LINDAMOR, D. ANTOINE,
^IBrDAMOR.
Comment, ce n'est pas fait, et je vous trouve encor?
D. ANTOINE
Mon œil ne peut tenir qu'avec beaucoup de peine , Dans une ombre si noire, une routé certaine: Cette foible lumière éclaire mal mes pas.
LINDAMOR.
Et le flambeau d'Amour ne vous conduit-il pas? Vos pas sont-ils si lents quand vos ardeurs sont telles? Vous êtes tout amour, et n'avez pas des ailes ? Quelque endroit où ce dieu daigne vous appeler, Sautez , courez , volez ; c'est trop peu que d'aller.
D. ANTOINE
Certes, beaucoup de honte est jointe à ma pareisse, Et mon pied répond mal à l'ardeur qui le presse; Mais j'approche à la fin du glorieux séjour Où je dois posséder ce miracle d'amour. Attends là mon retour, et , quoique ta prudenèe T ait fait digne d'entrer en notre confidence , Ne te laisse point voir à- ce premier abord Où l'honnête pudeur fait un dernier effort. Tome II L 3o
Oïl quelque glace encor reste parmi les flammes , Oîi les moindres témoins blessent les yeux des dames, Où la crainte est encor si proche du désir, Qu^elle y rarit aux sens la moitié du plaisir.
LINDAMOR.
Que Théodose en tient! et que sa bonne mine ^
Ne vous possède pas au point qu'elle imagine.. ... Mais dieux! à ce discours il me souvient bien tard De remettre en vos mains un papier de sa part. L'amour qu'elle a pour vous est, certes, sans exemple.
!>• ANTOINS..
L'as-tu vue ?
tllTDAMOR.
Oui , ce soir à son retour du temple.
Mais allez, il est tard^ et tantôt ou demain Vous lirez cet écrit que je tiens de sa main.
D. ANTOINE
Ah! pourquoi sur le point de cette jouissance Me fais-tu, Lindamor, sentir que je l'offense? Laisse-moi voir mon mal du côté qfl^il me plaît; Ne me l'expose point criminel comme il est. Âh! fâcheux souvenir! puis-je sans perfidie Songer à Théodose et voir Léôcadie , Porter ici mes pas, adresser là mes voeux, Et d'un eommnn tiessein les tromper toutes deux? Donne.
LIHBAMOR.
A votre retour.
]>. ANTOIir£.
Non, non, ma oonsdenee Ne me saurcxt permettre assez de patience ;