ACTE I, SCENE IL
Un traîfre comme moi brûle de tout savoir , Et ne cherché ricfi tant que ce qu'il craint de voir.
(initlaleUns.)
<( Fais^moi cesser de vivre , ou fais bientôt cesser » Ce long éloignement dont j'ignore la cause.
» Que tu trahisses Théodose!....
» Me viennent mille morts plutôt que ce penser.
» Par tes sacrés aermens , dont les cieux sont témoins, D Tu me dois de tes vcèux un compte si fidèle,
» Que je me croirois criminelle , » Ne laissant pas sur toi reposer tous me^ soins.
» Loin , pensers indiscrets ; hors, tous soupçons jaloux ; i> Je porte le garant du bonheur que j'espère ,
» Et par la loi qui l'a fait père, y> Quoi qui puisse arriver, il sera mon époux.
» Theodose. »
Il faut, certes, il faut être plus que barbare
Pour payer de mépris une amitié si rare ,
£t pour sacrifier au plaisir d'un moment
La gloire et l'intérêt d'un objet si charmant.
Au point de la trahir, pèse , pèse, parjure,
Tes obligations avecque son injure.
Quelle perfection et quelle pureté
Égale la candeur de sa fidélité ?
Quelle autre aima jartiais avec moins de réserve ?
Qu Vt-elle reteïm ? qu'est-ce qu'elle conserve ?
Qui gouverne que toi ses regards et ses pas?
Et quels de ses pensers Ae t'appartiennent pas?
Sa franchise eât sans art, et le dieu de Cythère
Est plus nu dans son sein qu'en celui de sa mère ;
Son seul instinct la porte à tout ce que je veux , Et nul déguisement ne me farde ses vœuic.' Mais quand je pourrois même à son ardeur fidèle Sans crime refuser une ardeur mutuelle.
Et que l'ingratitude , au lieu de châtimens, Âpporteroit des prix aux parjures amans , Youdrois-je encor tenter de rompre un mariage Oïl la loi de l'honneur outre l'amour m'engage ; Et , lui voyant porter des gages de ma foi , Donnerois-je à mes fils d'autres pères que moi? Non, fuyons, Lindamor,-au moment qui nous reste, Fuyons une fortune à mon repos funeste : Le plaisir d'un instant me seroit cher vendu, Et j'allôis bien chercher ce qui m'auroit perdu.
LINDAMOR.
L'honneur de ce combat, remporté sur vous-même, Mettroit votre mérite à sa gloire suprême. Obtenir tant sur vous que d'éloigner vos pas D'un objet amoureux quand il vous tend les bras, A la fin du combat mépriser la conquête, Et ne point triompher quand la palme est si prête, C'est une vertu rare au-dessus du penser, Et qui ne trouve nul qui la puisse exercer.
D. iLICTOirrE.
Elle est rare , il est vrai , mais lâche ce me semble. Combattant je suis fort, victorieux je tremble; Je laisse un beau dessein tout prêt à succéder; J'attaque avec ardeur mt n'ose posséder. Qui fuit l'occasion alors qu'elle est si belle , Après, s'il s'en repent, court en vain après elle; Ses cheveux à nos mains ne s'offrent pas souvent-,