ACTE I, SGÈNE IL
Et cette dëité n'en porte que devant.
Cessez , fâcheux pensers ; loin , prudence importune , Suivons aveuglément notre bonne fortune; Sagesse ni vertu n'est ici de saison , Et c'est être insensé qu'avoir de la raison. Poursuivons notre lice.
LINDAMOR.
Elle vous est ouverte.
J}. ANTOINE
Oui: mais visiblement je machine ma perte; Chaque pas que je fais est ici criminel , Et je vais acheter un remords éternel.
Un second fruit naissant de cette perfidie , De nouveau je m'engage avec Léocadie ; Il faut qu'un double hymen me range sous ses lois, ,£t je jne fais époux et père en deux endroits.
LINDAMOR.
Fuyez donc , en ce point la victoire consiste : L'Amour cède à qui fuit , et vainc qui lui résiste.
D. ANTOINE
Pour tant de passion j'ai beaucoup de respect : £t pour un amoureux )e suis bien circonspect. Eh! simple, à quoi tendbit cette longue poursuite, Si je l'ai vainement à mon pouvoir réduite? L'honneur me veut bien prendre ici pour insensé ; Pour quitter ce dessein il est trop avancé.
. (Il va vers la maisoo.) LINDAMOR.
O combien son humeur souffre de violence, . £n ce choix incertain où son esprit balance!
D- AKTOIH».
Suivraî-je, Lîndainor, ce bruul mouvement^
Qui me rendra si cher le plaisir d'un moment?
Fais-moi voir qu'en efFet je trame ma ruine ;
Parle , remontre-mèi quel transport me domine ;
Réfrène ma fureur, arrache-moi d'ici.
Mais non , flatte plutôt mon ainoureux souci ;
Excite mes ardeurs , accuse ma paresse ,
Et , si tu peux , me pousse au sein de ma maîtresse.
Enfin de quel côté porterai-je mes pas?
Dois-je avancer ou fuir, aller ou n'aller pas ?
LINDAMOR.
En semblables combats la peur fait la victoire ; Et qui fuit le plus tôt requiert le plus de gloire.
I>. ABTOISTB Ut*
« Loin, pensers indiscrets; hors, tpu$ soupçons jaloux; » Je porte le garant du bonheur que j'espère;
» Et par la loi qui l'a fait père , » Quoi qui puisse arriver, il sera mon époux.» Oui, belle Théodose, un heureux hyménée En vous seule rendra ma passion bornée; Oui, ce papier, au point qu'on vous veut of&aser, Empêchera TefTet de suivre le penser.
Un trop puissant sujiet à votre sort n^'attache , Je fais la trahison trop ingrate e|t trop lâche ; Je rends à vos beautés leurs titrer absolus, Et ce lâche captif ne se révolte plus. Laissons changer au temps l'humeur d'un père avare Dont l'obstacle importun si long-temps nous sépare. Mes vœux et quelques mois obtiendront cet effet; Je suivrai cependant un dessein que j'ai fait.