ACTE I, SCÈNE III
Et fait de ma foiblesse une nécessité.
Mais pourquoi querellé-je un objet insensible ,
Et qu'est-ce qu'un amant doit trouver d'impossible?
L'amour le conduit bien , tout aveugle qu'il est>
A l'assignation d'un objet qui lui plaît;
Il n'est si haut rocher , ni si bas précipice^
Que l'ardeur qui le presse aisément ne franchisse ;
Pour elle il n'est dessein ni trop grand ni trop haut,
Et l'impuissance ici découvre le défaut.
Antoine , ta froideur paroît en ta paresse :
Qui se peut faire attendre aime peu sa maîtresse ,
Et, quelqu'empéchement qui se puisse opposer,
Un amant a failli quand il doit s'excuser.
Hélas! qu'il est bien vrai, chétives que nous sommes,
Que nos affections passent celles des hommes,
Que nous souffrons plus qu'eux leur offrant du secours,
Et que leur passion est toute en leurs discours !
Ils parlent de la bouche , et nous parlons de l'âme ;
Ils ne sont qu'éloquens et nous sonimes de flamme ;
Ils feignent seulement ce que nous recelons ,
Et ne sont qu'échauffés alors que nous brûlons.
Pour faire moina Tanguir mon attente incertaine ,
Tu devois m'ordonner la moitié de la peine;
Cruel , j'aurois forcé , pour t'aller au-devant ,
Et là noirceur de l'ombre et la rigueur du vent;
Il n'est si mauvais temps ni si cruel orage
Qui pût de ce dessein détourner mon courage ;
J'aurois bien; moins tardé.