ACTE II, SCÈNE V
Un seul frère, l'honneur de leur vieille saison, Partage avecque moi l'espoir de leur maison ; Son nom est Alexandre ; en tout il me surmonte ; Il naquit pour leur gloire , et je v\s pour leur honte ; L'étude à Salamanque est son seul entretien, Cependant que l'amour en ces lieux est le mien; J'acquiers de Imfamie, il acquiert du mérite; Je m'oublie, il apprend; je me perds, il profite.
ALEXAirnKE.
Veillé-je? est-il bien vrai que j'ai les yeux ouverts? O sort ! qui peut prévoir tes accidens divers ?
THÉODOSE
Seize hivers ont changé le visage des choses.
Et seize étés ensuite ont ramené les roses.
Sans qu'Amour pût trouver le chemin de môn.cceur;
Mais la suivante année établit mon vainqueur ;
Un jeune cavalier, issu d'illustre race.
Et qui notre famille en richesses surpasse.
Ayant un libre accès dedans notre maison ,
Me coula dans le sein ce funeste poison.
Toutes ses actions, tous ses soins, tous ses gestes,
M'étoient de son amour des signes manifestes
Qui se virent bientôt mon courage soumis :
Fille aussi, qui tiendroit contre tant d'ennemis?
Sur un autre entretien je ferois conscience
D'abuser plus long-temps de votre patience ;
Mais que j'ai de contrainte à passer plus avant !
Je pousse volontiers ce vain discours au vent ;
Et ne me puis résoudre à toucher sa matière,
Qui me demande à peine une minute entière.
JMais par ce seul discours vous pouvez concevoir
Combien Tamour eufia eut sur moi de pouvoir , Antoine (ô nom fatal! c'est ce)ui de ce traître). Tira ce qui lui plut des vœu^ qu'il faisoit naîM'e, Sous la foi que, j'en eus que j msdgré ^os jaloux , Ses parens et les miens , il seroit mon époux*
O sensible disgrâce ! o malheureuse fille , Et cruelle à toi-même autant qu'à ta famille!
THÉ.ODOSE.
Hélas! autant de fois que de ce souvenir
La misère où je suis me fait entretenir,
Moi-même autant de fois je me cherche en moi-même.
Je ne me connois pas en ce malheur extrême;
Mon pensier se pon|bi>d , et qelle que je fus
En celle que je suis ne se retrouve plus.
£ufij;i qu^d je croyois qu'un heureuiL hyménée
Etoit près d'adoijicir m^ triste destinée ,
Qu'Antoine y travaillait et que sa passion
Sollicitoit son p^ère à cette intention ,
Tel que d'un beau soleil quelquefois le visage
Se perd en un moment en un proche nuage ,
Ce traj^tre, et mon espoir aussi traître .que lui ,
S'éclips^Miit m'oat baissée en proie à mon ennui.
Hier il disparut^ et ma fortune est telle
Que le seul bruit commun m'en apprit la nouvelle.
Jugez si j'aj pun> facm sein et mes cheyeux,
Et tout ce q^ue j'ai cru coioplice de mes 'yQ^^x ;
Contre moi ipon amovir ^ ^éf^yé sa latine ,
Mon cœur à mon visage a reproché isa peine ,
Et de tous les moyens d'affliger les esprits
La douleur jçi'en sait point qu'eHe ne m'ait appris.
Enfin sous ces habits , sans suite , abandonnée y