‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 320 sur 437 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Un seul frère, l'honneur de leur vieille saison, Partage avecque moi l'espoir de leur maison ; Son nom est Alexandre ; en tout il me surmonte ; Il naquit pour leur gloire , et je v\s pour leur honte ; L'étude à Salamanque est son seul entretien, Cependant que l'amour en ces lieux est le mien; J'acquiers de Imfamie, il acquiert du mérite; Je m'oublie, il apprend; je me perds, il profite.

ALEXAirnKE.

Veillé-je? est-il bien vrai que j'ai les yeux ouverts? O sort ! qui peut prévoir tes accidens divers ?

THÉODOSE

Seize hivers ont changé le visage des choses.

Et seize étés ensuite ont ramené les roses.

Sans qu'Amour pût trouver le chemin de môn.cceur;

Mais la suivante année établit mon vainqueur ;

Un jeune cavalier, issu d'illustre race.

Et qui notre famille en richesses surpasse.

Ayant un libre accès dedans notre maison ,

Me coula dans le sein ce funeste poison.

Toutes ses actions, tous ses soins, tous ses gestes,

M'étoient de son amour des signes manifestes

Qui se virent bientôt mon courage soumis :

Fille aussi, qui tiendroit contre tant d'ennemis?

Sur un autre entretien je ferois conscience

D'abuser plus long-temps de votre patience ;

Mais que j'ai de contrainte à passer plus avant !

Je pousse volontiers ce vain discours au vent ;

Et ne me puis résoudre à toucher sa matière,

Qui me demande à peine une minute entière.

JMais par ce seul discours vous pouvez concevoir

Combien Tamour eufia eut sur moi de pouvoir , Antoine (ô nom fatal! c'est ce)ui de ce traître). Tira ce qui lui plut des vœu^ qu'il faisoit naîM'e, Sous la foi que, j'en eus que j msdgré ^os jaloux , Ses parens et les miens , il seroit mon époux*

O sensible disgrâce ! o malheureuse fille , Et cruelle à toi-même autant qu'à ta famille!

THÉ.ODOSE.

Hélas! autant de fois que de ce souvenir

La misère où je suis me fait entretenir,

Moi-même autant de fois je me cherche en moi-même.

Je ne me connois pas en ce malheur extrême;

Mon pensier se pon|bi>d , et qelle que je fus

En celle que je suis ne se retrouve plus.

£ufij;i qu^d je croyois qu'un heureuiL hyménée

Etoit près d'adoijicir m^ triste destinée ,

Qu'Antoine y travaillait et que sa passion

Sollicitoit son p^ère à cette intention ,

Tel que d'un beau soleil quelquefois le visage

Se perd en un moment en un proche nuage ,

Ce traj^tre, et mon espoir aussi traître .que lui ,

S'éclips^Miit m'oat baissée en proie à mon ennui.

Hier il disparut^ et ma fortune est telle

Que le seul bruit commun m'en apprit la nouvelle.

Jugez si j'aj pun> facm sein et mes cheyeux,

Et tout ce q^ue j'ai cru coioplice de mes 'yQ^^x ;

Contre moi ipon amovir ^ ^éf^yé sa latine ,

Mon cœur à mon visage a reproché isa peine ,

Et de tous les moyens d'affliger les esprits

La douleur jçi'en sait point qu'eHe ne m'ait appris.

Enfin sous ces habits , sans suite , abandonnée y

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