‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 344 sur 437 · ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI

TUÉODOSiEy -à part.

Prouve, ma passion, prouve ta violence, Par la punition due à son insolence ; Par ce qu'elle propose apprends ce que tu dois , Et fais de son dessein une leçon pour moi.

D. ANTOINE

Si près de traverser le funeste passage

Où nous laissons la vie et le corps au rivage ,

Et si près d'exposer aux juges éternels

Mes plus simples pensers et les plus criminels,

Il est bien temps qu'enfin je vous montre mon âme,

Non telle qu'autrefois , pleine de tant de flamme ,

Et vaine de l'honneur d'être en votre prison ,

Mais remise et sujette au lois de la raison :

Sachez d^nc en deux mots , belle Lëoçadie ,

Si le mal que je sens permet que je le die,

Que je vous promettois des titres absolus

( Léocadie se léye. )

Sur des biens engagés et que je n'avois plus :

Théodose, une jeune, aimable et sage fille,

A qui cède en beauté le reste de Séville,

Par telles actions m'engage à la servir,

Que mon cœur est un bien qu'on ne lui peut ravir ;

Et si lorsque j'ai vu vos- plus chères pensées

Soutenir votre espoir, je vous ai délaissées,

Vous confuse et trompée , elle en l'étonnement

Que lui dut apporter ce prompt éloignement ,

Imputez-en la faute à ma seule imprudence,

Qui de cet action n'a pas vu l'importance.

Et qui m'a^fait laisser à la merci du sort

Ma crainte, mon espoir, mon orage et mon port.

Et semble conserver quelque espoir de secours , Puisqu'encor je/raisonne et qù'encor je discours. Quoi ! de ces mêmes yeux , ces yeux qui Fadorèrent , Qui le poison des siens, si contens, dévorèrent ,

Chétive, j'ai pu voir ce perfide embrasser

Ah! tais- toi, malheureuse, et meurs à ce penser:

Ton honneur t'abandonne ^ il précède l'envie,

Il s'offre , il se promet , et tu prises ta vie !

Sans peine tu conclus à te déshonorer ;

Et quand tu veux mourir il faut délibérer !

Qui peut, sinon ta mort, réparer ton estime?

La peine volontaire ôte beaucoup du crime ;

Il faut, il faut mourir! Mais quoi! ce lâche amant

Verra, s'il me survit, ma mort impunément,

Et je semble souscrire à cette loi fatale

Qui promet ses baisers aux vœux de ma rivale !

Non, non, ôtons l'espoir en nous désespérant;

Ruinons qui nous perd, et tuons en mourant;

Qu'avec Léocadie il perde Théodose!

Voici qui peut m'aider à ce que je propose. "

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