ACTE T, SCÈNE I
ORANTÉE.
L'Amour, cette puissance aux libertés fatale. Ce doux maître des cœurs, rend toute chose égale; Il sait bien mesurer les objets aux désirs, Et la proportion est où sont les plais'irs.
LE COMTE
Mais on a vu souvent du mauvais choix d'un prince Naître le déshonneur de toute une province. Notre intérêt est joiiit à la rigueur du roi : Un prince comme vous est plus aux siens qu'à soi.
ORA.irT££.
De l'insolence encor passer jusqu'à l'injure! Je TentendjS^ malheureux , et lâche je l'endure. Déshonorer l'état! moi, traître! en quoi? comment?
XE COMTE
Non pas encor, seigneur, mais on craint seulement.
CRANTEE.
Et quoi?
LE COMTE
L'événement d'une amour obstinée Qui vous peut engager jusques à Thyménéé. , On ne vous défend pas ces mouvemens légers Dont vous ne prétendez que des fruits passagers : Votre père en cela s'accorde avec votre âge , Et vous les retrancher seroit vous faire outrage. Mais il ne peut souffrir qu'un objet inégal Prétende avecque vous jusqu'au nœud conjugal ; Et que votre jeunesse , encor bouillante et prompte , Vous couvre le premier d'une éternelle honte. Car cette Laure enfin, avec tous ses appas,
N'a rien qui puisse plaire à des yeux délicats ,
Et la commune voix en fait une peinture
Qui ne l'enrichit point des dons de la nature :
Elle est noble^ on le croit; mais, au reste, seigneur,
Fort pauvre de fortune , et "peut-être d'honneur.
OViJLTSTÉE.
Impudent, imposteur, ton insolence extrême Ya jusqu'à cet outrage et jusqu'à ce blasphème! Qui me tient qu'en ce lieu je n'écris de toki sang Le mérite de Laure et quel sera son rang? Crois , trop crédule esprit , qu'à ta seule ignorance Tu dois l'impunité de cette irrévérence , Que ton salut dépend de ne connoître pas Ce chef-d'œuvre immortel de vertus et d'appas. Si son nom sort jamais de ta profane bouche Qu'avec tous les respects dus à ce qui me touche , Et qu'en attribuant à ce jeune soleil Les qualités de l'autre , à peine son pareil. Sache que cette main soutiendra son estime , Et que ton châtiment suivra de près ton crime. Parle d'elle en tremblant, comme des immortels, Et jamais qu'à genoux et au pied des autels.
XE COMTE
J'excite avec regret votre juste colère; Mais je suis d'autre part les mouvemens d'un père Qui veut être obéi , qui guide ici mes pas , Qui seul m'ouvre la bouche et me lève le bras. J'ai failli toutefois , et mon sang sans défense S'offre, s'il est besoin, de laver mon offense. Et de f$^ire rester froide et sans mouvement La langue qui parlait cointre mon sentiment.