ACTE I, SCÈNE X
LS ROI
La loi de }a raison ne te permet donc pas Un hymen cjui regarde et nous et nos états.
, ORANTJÉB.
Tant s'en faut.
Toutefois à ce joug indomptable, Quand on te le propose avec parti sortable , Tu poursuis lâchement un hymen inégal, Aux tiens, à ton état, à ton honneur fatal, Honteusement épris des impudiques flammes De la plus vicieuse et plus vile des femmes.
^- .,, LAURE, a part.
Voila mes qualités.
ORAWTÉE.
Monsieur, s'il m'est permis, Je ferai quelque jour mentir mes ennemis : Si j'obtiens ce bonheur, vous verrez un visage Qui ne ressOTible point à cette fausse image: Par lui je convaincrai votre crédulité De trop de confiance et de facilité :
Laure est l'achèvement de toutes les merveilles ; Sa grâce est sans défaut, ses vertus sans pareilles; Ce dieu qui se dévore et qui se reproduit , Qui se cherche soi-même et soi-même se fuit , N a vu , voit , ni verra dans toute la nature De. merveille passée, ou présente ou future, Riche du moindre éclat, ni des moindres trésors Qui parent son esprit , et son âme et son corps.
LE ROI
Dieux ! avec quelle honte et quelle patience De ton mauvais esprit fais-je l'expérience I
Fou , stupide , insensé y si Tiisage et le temps Ne t'ont encor pourvu de raison ni de sens, Laisse-toi gouverner par ceux dont la sa^^sse Avecque tant de soin pour ton bien s'intéresse; Ou si, dans cette jeune et bouillante saison. Tu n'es absolument dépourvu de raison.
Soumets ton sens au mien , et défère à qui t*aime , Avant que te sentant tu t'aimasses toh-même» Ta passion est ju^e, et ta Laure^ dis-fu, Est la sagesse même, et la même vertu! Quel aveugle respect, quelle bouté m'arrête , Que ma main de ton corps ne sépare ta tête , Où le raisonnement, du bon sens séparé, Ne produit rien de mûr et rien que d'égaré?
LE GOMtE.
Remettez-vous , seigneur , et qu'en vous la prudence Bannisse la fureur d'avecque la puissance. Régner et s'emporter font un mauvais accord ; L'un est d'un foible esprit, fautre d'un homme fort; L'un rend serf de soi-même , à l'autre on rend hommage; L'un est une puissance , et l'autre est un servage.
ORANTJÉE.
Ce corps qui vient de vous est vôtre absolument; L'esprit , qui vient du ciel , est à lui seulement : Disposez donc du corps, traitez-le comme vôtre; Mais permettez au ciel de disposer de l'autre. .
LE ROI
O belle conséquence ! ô fou raisonnement ! Le ciel est donc auteur de ton aveuglement? Sa providence donc te destine ufie femme Perdue^ abandonnée, entre lOutes infiStme,